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Champs-Élysées : Vuitton finance les travaux, Paris fait revoir le dallage

Louis Vuitton financera 2 millions d'euros de travaux dans les rues Bassano et Galilée et conduira le chantier. Mais Paris a déjà fait modifier son projet de dallage.

Illustration des rues Bassano et Galilée

Deux rues publiques réaménagées aux frais de Louis Vuitton, juste à côté de son futur établissement des Champs-Élysées. Le Conseil de Paris a approuvé le 7 octobre une opération estimée à 2 millions d’euros hors taxes, intégralement financée par la maison de luxe, dépassements éventuels compris. Mais la Ville lui confie aussi la conduite des travaux. Et le dessin des trottoirs a déjà dû être revu.

Dans les rues Bassano et Galilée, qui bordent le chantier du 103, avenue des Champs-Élysées, le programme prévoit des trottoirs élargis, dix-sept arceaux à vélos et dix bacs plantés. Environ 1 000 m² d’espace public seront réaménagés. Les piétons devraient y gagner de la place, tandis que Vuitton soignera les abords de son futur établissement, dont l’ouverture est envisagée fin 2027.

Même les pavés ont fait débat

Louis Vuitton souhaitait un dallage en granit dont les lignes sombres prolongeraient celles de ses façades. En juillet, des élus ont jugé cette proposition trop marquée par l’identité de la maison. L’entreprise a revu sa copie, selon une enquête du Monde publiée le 3 novembre.

Vuitton peut proposer et financer un aménagement, mais ses préférences esthétiques ne s’imposent pas automatiquement à la Ville. Le projet prévoit également un déplacement d’équipements Vélib’ et dix grands bacs végétalisés, sans plantation en pleine terre. Selon Le Monde, LVMH annonce prendre en charge l’entretien des bacs.

Ces négociations montrent comment un projet immobilier privé peut transformer l’espace public alentour. Mais elles ne règlent pas la controverse qui a occupé quarante minutes du Conseil de Paris : pourquoi laisser Vuitton diriger les travaux plutôt que les confier aux services municipaux ?

Une rue financée par le privé n’est pas nécessairement dirigée par le privé

L’entreprise doit déjà remettre en état les portions de voirie occupées par son chantier. Elle propose d’aller plus loin et d’en payer la requalification. La Ville accepte cette contribution, mais lui confie également la maîtrise d’ouvrage, c’est-à-dire la responsabilité de conduire les travaux.

Ce second choix n’avait rien d’obligatoire. Rue du Faubourg-Saint-Honoré, des commerçants participent au financement d’un autre réaménagement, à hauteur de 2 millions d’euros au maximum, mais la Ville conserve la conduite des travaux.

La maire du 8e arrondissement, Catherine Lécuyer, approuve l’investissement de Vuitton tout en contestant cette différence de méthode. Elle demande à l’exécutif de préciser dans quels cas il accepte de transférer la maîtrise d’ouvrage d’une rue publique.

L’adjoint parisien chargé de l’espace public, Thomas Chevandier, défend ce choix : les services municipaux sont déjà très sollicités et confier les deux chantiers à un même maître d’ouvrage faciliterait leur coordination.

Paris conserve des moyens de contrôle. La Ville dépose elle-même la demande de permis d’aménager, qui ne pourra être transféré à Vuitton qu’après sa délivrance et l’expiration des délais de recours. Thomas Chevandier annonce également un comité de pilotage au moins trimestriel. Les ouvrages devront être remis à la collectivité au plus tard le 31 mars 2028.

Deux millions d’euros pour la rue qui borde son magasin

LVMH avait déjà financé 2,2 millions d’euros de travaux autour de la Samaritaine, avec un transfert partiel du permis d’aménager. Le groupe y a notamment fait installer une fontaine et planter des arbres, dont il assure l’entretien.

Pour le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, ces contributions privées permettent de préserver des moyens publics pour les quartiers où aucun mécène ne viendra financer les trottoirs.

Mais ce choix comporte aussi une difficulté. Les entreprises les plus fortunées ont les moyens d’accélérer l’embellissement de leurs abords, indépendamment des besoins des autres quartiers. Des élus écologistes de la majorité municipale craignent que les intérêts commerciaux orientent ainsi les priorités d’aménagement.

À Bassano et Galilée, Vuitton conduira les travaux et réglera la facture. Mais pour le dessin des pavés, la Ville a déjà imposé ses limites.

Sources consultées
  1. Ville de Paris, Direction de la voirie et des déplacements2026 DVD 89, Aménagements des rues Bassano et Galilée, projet de délibération et exposé des motifs
  2. Mairie du 8e arrondissement de ParisConseil de Paris d'octobre 2026 : les sujets portés par Catherine Lécuyer et Éric Schahl pour le 8e
  3. Le MondeÀ Paris, les « trottoirs Vuitton » électrisent le débat sur le financement de l'espace public
  4. AFP, repris par FashionUnitedLa Ville de Paris délègue à Louis Vuitton l'aménagement de rues aux abords des Champs-Élysées