
Les affrontements ont repris place de la République dimanche 18 octobre, alors que les commerçants du quartier commençaient à mesurer les pertes de la veille. Selon Reuters, la police a utilisé des gaz lacrymogènes face à plusieurs centaines de personnes et des vélos ont été incendiés. En début de soirée, la station de métro était fermée.
À quelques rues de là, une pharmacie avait perdu sa vitrine, sa caisse et ses ordinateurs. Un marchand de téléphones évaluait les biens volés à au moins 140 000 euros. Depuis la nuit de samedi, près de 1 000 agents municipaux ont été mobilisés pour nettoyer Paris. Pour les boutiques pillées, la reprise dépend désormais des réparations, du remplacement des stocks et des assurances.
Cinq appels à la police en une heure
Boulevard Magenta, Jahirul Azam, propriétaire d’une boutique de téléphonie, raconte au Monde avoir tenté de résister avec un salarié à une vingtaine d’individus qui forçaient son rideau métallique. Tous deux ont été agressés.
Le commerçant montre aux journalistes ses blessures et son historique téléphonique : cinq appels à la police en une heure, affirme-t-il, sans intervention permettant de protéger son magasin. Son estimation de 140 000 euros de pertes comprend des téléphones, des ordinateurs et des espèces.
À proximité, le café-restaurant La Barrique a été ravagé par un incendie. Lionel, le fils des propriétaires, explique au Monde que sa mère a été blessée à la tête pendant l’attaque et hospitalisée avec son père. Il est resté devant le bâtiment pour empêcher d’autres intrusions.
Ces commerçants ont dû défendre leurs locaux pendant que les pillages se poursuivaient dans plusieurs rues autour de République.
Des policiers engagés dans plusieurs quartiers à la fois
L’enquête du Monde décrit un dispositif dispersé entre République, Bastille, Nation, Strasbourg-Saint-Denis, Magenta et Concorde. Des groupes mobiles circulaient en marge des cortèges déclarés. Les journalistes ont observé des policiers en infériorité numérique, contraints de reculer ou d’attendre des renforts.
Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a reconnu samedi soir la difficulté de contenir des groupes actifs simultanément dans plusieurs secteurs. Les témoignages des commerçants posent la question des délais d’intervention dans les rues où les magasins étaient attaqués.
Les violences du samedi autour de République et du boulevard de Sébastopol se sont prolongées par de nouveaux heurts dimanche. À 19 h 39, la RATP indiquait que la ligne 9 ne marquait plus l’arrêt à République ; à 19 h 43, Le Monde annonçait la fermeture de la station.
Dans son allocution de dimanche soir, Emmanuel Macron a demandé un examen des défaillances du maintien de l’ordre et annoncé un accompagnement des commerces. Notre analyse nationale du 17 octobre compare les réponses policières et les dégâts dans les départements touchés.
Une permanence de la CCI lundi à 9 heures
La Ville a annoncé une cellule d’urgence pour recenser les dommages, faciliter les démarches d’assurance et accompagner la reprise, avec la CCI Paris et la Chambre de métiers et de l’artisanat.
Une première permanence de la CCI est annoncée lundi 19 octobre à 9 h, au 11 rue Léon-Jouhaux, dans le 10e arrondissement. Les commerçants pourront y aborder leurs difficultés d’assurance, de trésorerie, d’emploi et leurs demandes de report d’échéances fiscales ou sociales. Les modalités de cet accueil sont publiées par la mairie du 8e.
Photographies des dégâts, factures, inventaires des marchandises et dépôt de plainte serviront à documenter les dossiers. France Assureurs recommande de contacter rapidement son assureur : les contrats prévoient généralement cinq jours pour déclarer le sinistre, selon leurs conditions. Pour un vol ou des dégradations commis par un auteur inconnu, une plainte en ligne est possible.
La couverture des émeutes figure dans la plupart des contrats professionnels, selon France Assureurs. L’indemnisation des pertes d’activité dépend en revanche d’une garantie facultative de perte d’exploitation. Un commerce qui a perdu son stock et son équipement peut donc rester sans revenu pendant les réparations.
Autour de République, les déplacements demeuraient perturbés dimanche soir. Les voyageurs peuvent consulter les informations de la ligne 9 et du bus 56, dont les déviations étaient annoncées jusqu’à 22 h.
Au 11 rue Léon-Jouhaux, les commerçants trouveront lundi un premier interlocuteur pour préparer la reprise. Dans les boutiques privées de vitrine, d’ordinateurs ou de marchandises, il faudra aussi financer la période de fermeture.
Sources consultées
- ReutersFrance counts the cost of worst unrest in years as tensions flare again in Paris
- Le MondeÀ Paris, place de la République, des commerces en lambeaux après les violences et les pillages
- Le MondeLors des manifestations du 17 octobre, les forces de l'ordre dépassées par une mobilisation imprévisible
- Ville de ParisManifestations du 17 octobre : près de 1 000 agents mobilisés, une cellule d'aide pour les commerçants
- Mairie du 8e arrondissement de ParisViolences dans le 8e : les démarches à suivre pour les habitants et commerçants
- France AssureursL'indemnisation des dégâts matériels provoqués par des violences urbaines