
À la médiathèque Françoise-Sagan, on emprunte aujourd’hui des livres dans ce qui fut l’infirmerie de la prison Saint-Lazare. Depuis ce jeudi 17 septembre, l’exposition « Prisonnières » fait réapparaître une autre population du lieu : les femmes qui y furent enfermées jusqu’à la fermeture de la prison en 1932.
Le parcours commence dehors, dans le square Alban-Satragne. De grandes photographies restituent les bâtiments carcéraux aujourd’hui presque entièrement disparus. Puis l’exposition entre dans l’ancienne infirmerie, sauvée des démolitions et devenue médiathèque en 2015. Initié par l’association Histoire et Vies du 10e, le travail rassemble archives, objets, photographies, écrits et traces laissées dans les murs.
Saint-Lazare était alors l’unique prison de femmes de Paris. En 1919, 45 femmes en moyenne y étaient écrouées chaque jour. À partir de 1923, l’établissement comptait environ 600 détenues. Prévenues et condamnées à de courtes peines y côtoyaient des prostituées soumises à un régime particulier, à la fois pénal, administratif et sanitaire. Des mères pouvaient aussi y vivre avec leurs enfants jusqu’à l’âge de quatre ans.
Une grande partie de cette histoire nous est parvenue par ceux qui surveillaient, enregistraient ou photographiaient les détenues : registres d’écrou, dossiers administratifs, rapports, presse et clichés commandés vers 1930 au studio Henri Manuel. L’exposition rassemble aussi des traces beaucoup plus rares venues des femmes elles-mêmes.
Parmi elles figurent les écrits de Germaine Berton, Jeanne Humbert ou Jane Weiler, ainsi que des graffiti et des empreintes conservés sur le site. Jeanne Humbert, emprisonnée en 1921 après une condamnation liée à la répression de la propagande en faveur de la contraception et de l’avortement, a raconté l’arrivée des nouvelles détenues et leur passage au greffe. Germaine Berton a, elle, décrit la monotonie de « Saint-Lago », le surnom donné à Saint-Lazare.
À côté des registres et des photographies prises par l’institution, ces témoignages font entendre ce que les détenues pouvaient elles-mêmes raconter de Saint-Lazare. La prison réunissait alors enfermement judiciaire, contrôle sanitaire et surveillance particulière de femmes dont certaines relevaient aussi de la réglementation de la prostitution.
La décision de fermer l’établissement est prise en 1927. Les dernières prévenues quittent Saint-Lazare en juillet 1932, avant la destruction d’une grande partie du complexe. L’ancienne infirmerie demeure. À quelques mètres, la chapelle Saint-Lazare avait déjà rouvert temporairement cet été.
L’exposition, gratuite, reste visible jusqu’au 13 décembre. Dans le square, les photographies permettent de retrouver l’échelle de la prison disparue. Dans la médiathèque, quelques mots et marques conservés ramènent aux femmes qui l’ont habitée.