
Jeudi 13 août, les services de l’État ont évacué le campement installé depuis la mi-juillet devant le Samusocial de Paris, rue Jean-Baptiste-Berlier, dans le 13e arrondissement. La Ville estime qu’environ 400 personnes s’y trouvaient encore, dont au moins 150 enfants. L’opération met fin au campement. Ce qu’elle change pour ses occupants est moins net.
Mediapart rapporte que la préfecture chiffre à 62 le nombre de personnes prises en charge par l’État lors de l’évacuation. La Ville dit avoir, dans les jours précédents, organisé l’accueil de près de 80 femmes enceintes et de familles avec de jeunes enfants. Vendredi 14 août au matin, aucun bilan public consolidé ne précisait encore combien d’occupants avaient obtenu un hébergement après l’opération, où et pour combien de temps.
Cette absence compte parce que le 115 et le Pôle Habitat remplissent des fonctions différentes au sein du SIAO. Le premier reçoit les demandes d’hébergement d’urgence; le second traite les demandes transmises par les travailleurs sociaux et oriente vers les places disponibles. Le Pôle Habitat régule environ 45 000 places en structures d’hébergement, à l’hôtel ou en logement d’insertion, principalement à Paris mais aussi ailleurs en Île-de-France. Ce chiffre décrit un parc à répartir, pas 45 000 lits libres. Une évacuation peut donc vider un parvis sans ajouter de capacité au système.
La tension précédait largement jeudi. Fin juin, Vanessa Benoit, directrice générale du Samusocial, reconnaissait déjà que le 115 ne parvenait plus à héberger toutes les personnes classées dans son niveau de priorité le plus élevé. Le Monde révélait alors qu’un document interne prévoyait de réduire de 861 le nombre de nuitées hôtelières chaque soir jusqu’à la fin décembre pour revenir à la moyenne annuelle prévue. Dans son communiqué du 13 août, la Ville signale en outre la suppression de 300 places ouvertes cet hiver à Paris.
L’évacuation règle donc une question matérielle: le campement n’occupe plus le siège du Samusocial. Pour l’hébergement d’urgence, son effet dépend de ce qui se passe ensuite. Tant que le nombre et la durée des solutions proposées ne sont pas établis, impossible de confondre disparition des tentes et sortie de la rue. Rue Jean-Baptiste-Berlier, le campement est terminé; le bilan de l’hébergement, lui, ne l’est pas.
Sources consultées
- Ville de Paris, Paris PresseÉvacuation du campement devant le Samu social de Paris : la Ville de Paris déplore une opération sans solution, et appelle à un renforcement des moyens d’hébergement d’urgence
- MediapartSur le parvis du Samusocial, 450 personnes évacuées : « Tout le monde est dans le brouillard »
- SIAO ParisLe Pôle Habitat
- Le MondeEn pleine canicule, des places provisoires offrent aux sans-abri un court répit pour soulager leur corps