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Devant le Samusocial, la file d’attente du 115 sort du téléphone

Sur le parvis Berlier, familles sans abri et agents grévistes rendent visibles deux blocages de l’hébergement d’urgence parisien : le manque de places et de logements.

Illustration du campement devant le Samusocial

Depuis mercredi 15 juillet, des familles sans abri, des femmes seules et des enfants dorment devant le siège du Samusocial de Paris, rue Jean-Baptiste-Berlier, dans le 13e arrondissement. Près de 200 personnes étaient présentes jeudi selon Le Parisien. L’occupation se poursuivait vendredi, avec les salariés grévistes du 115 et l’association Utopia 56.

La scène rapproche les deux extrémités d’un même appel téléphonique : les personnes qui demandent un toit et les agents chargés de leur répondre. Ces derniers sont en grève depuis le 23 juin. Ils dénoncent leurs conditions de travail, mais aussi le manque de solutions à proposer lorsque les places disponibles sont épuisées.

Le 115 n’est pas un réservoir de chambres. À Paris, il constitue la porte d’entrée du Service intégré d’accueil et d’orientation, le SIAO, qui évalue les situations et attribue les places financées dans différents dispositifs. En 2024, ses équipes recevaient en moyenne 3 135 appels par jour. Elles en décrochaient 742 et permettaient environ 250 mises à l’abri par jour.

Même une amélioration spectaculaire du standard ne suffirait donc pas. Répondre au téléphone permet d’évaluer une demande, pas de créer le lit qui manque. Vanessa Benoit, directrice générale du Samusocial, reconnaissait fin juin que le service ne parvenait plus à héberger toutes les personnes classées dans son niveau de priorité le plus élevé, notamment certaines femmes enceintes, victimes de violences ou accompagnées de très jeunes bébés.

Le conflit s’est durci autour d’une réduction des prises en charge hôtelières. Selon un document présenté aux salariés et consulté par Le Monde, la capacité doit diminuer de 861 nuitées par nuit jusqu’à la fin décembre, afin de ramener l’activité parisienne à la moyenne annuelle de 40 000 places prévue pour 2026. L’activité du premier semestre avait dépassé cette moyenne, notamment parce que des hébergements ouverts pendant le plan Grand Froid avaient été maintenus.

Le document présente cette réduction comme un retour à l’enveloppe annuelle prévue. Elle intervient toutefois dans un dispositif qui rationne déjà ses places. Le détail de l’arbitrage et les solutions prévues pour les ménages dont la prise en charge doit prendre fin n’ont pas été publiées.

La crise se joue aussi à l’autre bout du parcours. Le rapport d’activité du Samusocial indique que 16 253 personnes stabilisées à l’hôtel y séjournaient depuis quatre ans en moyenne. En 2024, 1 258 ménages ont accédé à un logement social. Tant que les sorties restent trop lentes, les hôtels deviennent un hébergement de longue durée et les places d’urgence se libèrent au compte-gouttes.

Le parvis Berlier réunit ainsi deux blocages que le téléphone sépare d’ordinaire : trop peu de solutions pour les nouveaux appels, trop peu de logements pour quitter celles qui existent. Vendredi encore, les familles et les écoutants du 115 attendaient une réponse devant la même porte.

Sources consultées
  1. CGT Santé et Action socialeGrève et occupation au Samusocial de Paris
  2. Le Parisien« Nous ne lâcherons rien » : à Paris, 200 sans-abri campent devant le Samu social pour exiger un toit
  3. Le MondeEn pleine canicule, des places provisoires offrent aux sans-abri un court répit pour soulager leur corps
  4. Samusocial de ParisRapport d’activité 2024