
Le pavillon de verre du Palais-Bourbon n’a toujours pas de permis. Le Conseil de Paris vient toutefois de rendre un avis favorable à la modification du règlement patrimonial du 7e arrondissement, incompatible avec une partie du projet. Cet avis ne déclenche aucun chantier, mais il permet à la procédure préfectorale de se poursuivre autour d’une opération que l’Assemblée nationale n’a pas, jusqu’ici, choisi de réduire après le retrait de sa première demande de permis.
Le besoin d’améliorer l’accueil est solide. Le Palais-Bourbon a reçu près de 200 000 visiteurs en 2025, deux fois plus qu’en 2022 ; 40 % étaient des élèves. Le pavillon du 33 quai d’Orsay est étroit, difficilement accessible aux personnes handicapées et mal adapté à la séparation des visiteurs, des députés et des personnels. Des groupes scolaires patientent encore dehors avant d’entrer.
La réponse retenue dépasse toutefois une remise aux normes. Le projet présenté dans la demande de permis retirée portait sur 3 806 m², dont 2 678 m² créés. Le pavillon actuel serait démoli et remplacé par une façade de verre et d’acier rythmée de cylindres évoquant les colonnes du palais. Sous la cour du Pont prendraient place deux niveaux consacrés à l’accueil, à la médiation parlementaire et à un auditorium, auxquels s’ajouteraient une boutique et une cafétéria.
Le bâtiment appelé à disparaître a été construit en 1888 par Edmond de Joly, architecte de la Chambre des députés. Sa façade côté colonnade reprend un vocabulaire classique ; celle qui regarde le jardin de l’hôtel de Lassay évoque une orangerie. La Commission du Vieux Paris s’est opposée fermement et unanimement à sa démolition. Elle a qualifié la nouvelle façade d’« étrange simulacre de colonnade » et critiqué le recours au vitrage intégral au regard du réchauffement climatique.
Sites & Monuments dénonce une rupture dans la perspective entre la Seine, la Concorde et la Madeleine. Sa pétition toujours ouverte a été lancée avant le retrait de la demande de permis ; son intitulé et une partie de son texte renvoient donc encore à cette première procédure. Le mot « illégal », employé dans la pétition, ne décrit plus exactement la situation actuelle : la demande a été retirée et aucune nouvelle autorisation n’a été délivrée.
L’objection centrale porte sur la séquence suivie. L’Assemblée a choisi le projet Moatti-Rivière, l’a approuvé puis a déposé une demande de permis avant que son incompatibilité avec la protection des cours, jardins et espaces souterrains n’entraîne son retrait. Le préfet propose désormais de modifier le PSMV ; Paris vient d’y donner un avis favorable.
Le projet retiré prévoyait deux niveaux sous la cour du Pont ; la modification du PSMV est formulée pour permettre un à deux niveaux sous des espaces classés pour leur intérêt patrimonial ou historique. Sites & Monuments publie aussi les images d’une proposition non retenue de SANAA, qui conservait l’essentiel du bâtiment existant. Aucune comparaison publique, chiffrée et argumentée entre adaptation et démolition n’a été trouvée. À une autre échelle, le débat rouvert autour de la Tour Montparnasse pose une question voisine : que faut-il modifier lorsque le programme choisi se heurte au bâtiment existant ?
La dépense rend cette absence plus gênante. Le budget 2026 de l’Assemblée réserve 15,8 millions d’euros à la rénovation de l’accueil et aux espaces de médiation, soit près de la moitié de ses investissements immobiliers annuels. LCP a rapporté une enveloppe d’environ 53 millions d’euros pour un programme plus large, sans ventilation publique actualisée du coût du seul pavillon. Le financement par les disponibilités de l’Assemblée évite un nouvel emprunt, mais ne permet pas de comparer le coût de la démolition avec celui d’une adaptation.
L’architecte des Bâtiments de France, la commission locale du site patrimonial remarquable et l’autorité environnementale doivent encore se prononcer. Une enquête publique mettra ensuite ce choix en discussion avant une éventuelle approbation préfectorale. L’Assemblée pourra alors déposer une nouvelle demande d’autorisation. Au 33 quai d’Orsay, le choix porte désormais sur le bâtiment lui-même : adapter le pavillon de 1888 ou le démolir pour creuser sous la cour du Pont.
Sources consultées
- Conseil de Paris2026 DU 104, modification du PSMV du 7e arrondissement
- Ville de Paris, Direction de l’Urbanisme2026 DU 104, exposé des motifs
- Commission du Vieux ParisCompte rendu de la séance plénière du 8 juillet 2025
- Présidence de l’Assemblée nationaleL’Assemblée nationale et SNCF Voyageurs coopèrent pour faciliter les visites de groupes scolaires
- Assemblée nationaleAvis sur le projet de loi de finances pour 2026, Pouvoirs publics
- Sites & MonumentsNon au nouveau pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale, enlaidissement de Paris dispendieux et illégal