Article

Tour Montparnasse : le désamiantage est voté, le chantier reste suspendu

Une première phase est envisagée à partir de septembre, sous réserve d’accords entre copropriétaires. Le projet complet de la tour reste suspendu.

Illustration - Tour Montparnasse en rénovation

Réunis le 21 juillet, les copropriétaires de la Tour Montparnasse ont approuvé les dispositions nécessaires à une première phase de curage, de désamiantage et de dépose partielle de la façade jusqu’au quatrième étage. Annoncée à partir de septembre pour une durée de deux ans, cette tranche ne pourra toutefois commencer que si plusieurs différends internes sont réglés.

Le vote ne garantit donc pas la transformation complète préparée depuis près de dix ans. Selon Business Immo, l’assemblée générale a constaté la caducité du programme à 727,7 millions d’euros hors taxes approuvé en mars. L’AFP, qui a consulté le procès-verbal, rapporte de son côté que la première tranche a été engagée malgré l’opposition de LFPI, principal propriétaire de la tour, mais sous réserve de plusieurs conditions qui restent à remplir.

Un accord doit notamment être trouvé entre les propriétaires des étages destinés au futur hôtel. Les désaccords concernent aussi des échanges de surfaces et l’exploitation du toit-terrasse. La MGEN, qui détient 18 % de la tour et continue de soutenir sa rénovation, reconnaît que ces divisions peuvent encore empêcher le démarrage du chantier.

Le programme voté en mars atteignait 727,7 millions d’euros hors taxes. Une estimation ultérieure rapportée par l’AFP approche désormais 800 millions. À cette échelle, l’opposition du principal propriétaire compromet l’accord financier nécessaire à la réalisation de l’ensemble.

La tour appartient au paysage parisien, mais sa rénovation dépend d’une copropriété privée. La Ville peut délivrer les autorisations, organiser les circulations et aménager les espaces publics autour du bâtiment. Une convention prévoit ainsi que la copropriété lui verse 4,34 millions d’euros pour financer des interventions autour de la tour. Elle ne peut pas contraindre les propriétaires à financer le même programme ni à échanger leurs lots.

Le permis de construire, délivré en 2019 et encore jamais mis en œuvre, reste valable jusqu’au 26 novembre 2026. Cette échéance resserre le calendrier de la copropriété, sans résoudre ses désaccords. Une autorisation administrative ne remplace ni un financement bouclé ni un accord entre propriétaires.

Le reste du secteur Maine-Montparnasse ne s’arrête pas avec la grande tour. La restructuration du centre commercial et de la tour CIT constitue une opération distincte, conçue par Renzo Piano Building Workshop. Ses permis suivent leur propre procédure et la Ville vise actuellement un début des travaux en 2028.

Le blocage du projet officiel ne suspend pas seulement un calendrier. Il rouvre une question que dix ans d’études semblaient avoir refermée : faut-il encore chercher à moderniser la Tour Montparnasse dans son enveloppe actuelle, ou repenser plus profondément sa place dans le quartier ?

C’est précisément sur ce second terrain que travaille Regard Naïf. Depuis plusieurs années, cette initiative indépendante développe Montparnasse 2030, une contre-proposition qui conserve la structure de la tour mais revoit son architecture, son socle et sa relation à la ville. Le projet ne fait pas partie de la procédure portée par la copropriété. Il trouve pourtant une résonance nouvelle au moment où Paris accorde davantage de place à la transformation du bâti existant, au patrimoine et à l’insertion des grands bâtiments dans leur environnement.

Regard Naïf propose de donner à la tour une nouvelle enveloppe, de recomposer son pied avec des bâtiments plus bas et un jardin, et de réintroduire la façade de l’ancienne gare de 1863. L’idée n’est pas seulement de changer son apparence, mais de raccorder enfin ce monolithe au quartier de Montparnasse.

Comparaison de la Tour Montparnasse actuelle, du projet Nouvelle AOM et de la proposition Montparnasse 2030 de Regard Naïf
Trois visionsDe gauche à droite : la Tour Montparnasse actuelle ; le projet de rénovation conçu par Nouvelle AOM et retenu par la copropriété ; Montparnasse 2030, proposition indépendante de Regard Naïf.Montage comparatif fourni par Regard Naïf et reproduit avec son autorisation.

Interrogé par La Clé Publique, Roland Larivière, fondateur de Regard Naïf, estime que le blocage actuel justifie de reprendre le projet à sa base. « La situation actuelle montre les limites d’un projet coûteux et déjà obsolète, car il répète les erreurs du passé. Il est temps de repartir d’une feuille blanche », explique-t-il. Il défend une architecture plus ambitieuse, durable et attractive, qui permettrait, selon lui, de rendre l’investissement plus attractif et de donner une identité forte au site. « Le blocage actuel est peut-être l’occasion de transformer un échec annoncé en opportunité. »

Le désamiantage est une intervention nécessaire, mais il ne garantit pas encore la rénovation complète. Avant septembre, les copropriétaires doivent régler les désaccords qui empêchent encore la mise en œuvre des décisions du 21 juillet. À défaut, la Tour Montparnasse conservera un permis encore valable et une première tranche votée, mais sans démarrage assuré.

Sources consultées
  1. Agence France-Presse, via MediapartTour Montparnasse : désamiantage engagé sous conditions, suite de la rénovation en suspens
  2. Business Immo / CoStarTour Montparnasse : ce qu’a vraiment voté l’assemblée générale du 21 juillet
  3. Ville de ParisProjet de délibération 2025 DU 209, modernisation et transformation de l’EITMM
  4. Ville de ParisProjet Montparnasse : un nouveau quartier ouvert, végétalisé et tourné vers les piétons
  5. Ville de ParisPlan local d’urbanisme bioclimatique : vers un Paris plus vert et plus solidaire
  6. Regard NaïfLa Tour Montparnasse