
Une ligne à très haute tension ne se construit pas seulement avec des pylônes. Il lui faut aussi un droit de passage. Depuis le 30 septembre, RTE dispose de la déclaration d’utilité publique pour les deux futures lignes à 400 000 volts entre Flandre Maritime et Puythouck, ainsi que pour six doubles liaisons à 225 000 volts autour de Grande-Synthe. Le tracé concerne Grande-Synthe, Mardyck, Loon-Plage, Craywick et Saint-Georges-sur-l’Aa.
Le chantier électrique avait déjà commencé. RTE a lancé une première phase de travaux au printemps et organisé en juin la pose de la première pierre du poste de Puythouck et des deux lignes à 400 000 volts. La décision publiée au Journal officiel le 1er octobre apporte autre chose : elle permet désormais d’établir les servitudes nécessaires au passage des ouvrages sur les propriétés concernées.
La nuance compte pour les propriétaires. La déclaration d’utilité publique donne à RTE les droits prévus par le code de l’énergie pour faire passer des conducteurs, installer certains supports ou des canalisations souterraines et intervenir sur la végétation. Mais l’application parcelle par parcelle suit encore une procédure. Les propriétaires doivent être informés des servitudes projetées et, en cas de désaccord, RTE doit transmettre au préfet un plan et un état parcellaire, ouvrant alors une enquête spécifique.
Cette étape foncière accompagne un choix d’anticipation : dans le Dunkerquois, une partie du réseau est construite avant que tous ses futurs utilisateurs soient connus. Le réseau existant alimente environ 600 MW de consommation et, selon la Commission de régulation de l’énergie, ne peut plus accueillir de nouveaux projets. Toujours selon la CRE, RTE avait recensé environ 3,3 GW de besoins de raccordement industriels, mais seulement 1 615 MW correspondaient à des propositions de raccordement signées. La CRE a pourtant autorisé la construction d’un ensemble capable d’offrir 5 200 MW de capacité supplémentaire en 2029.
Ce choix n’est pas gratuit. La CRE chiffre à 312 millions d’euros l’ensemble mutualisé comprenant le poste de Puythouck, les deux liaisons à 400 000 volts et la restructuration du réseau à 225 000 et 90 000 volts. Elle a demandé l’étude de solutions autour de 3 GW, mais les a écartées : leur économie était jugée faible et elles laissaient moins de marge pour de futurs raccordements. Une seule liaison aérienne à 400 000 volts ne satisfaisait pas les contraintes d’exploitation retenues ; l’enfouissement des liaisons à 400 000 volts a également été écarté pour des raisons techniques, de coût et de délai.
Sur le terrain, le projet ne consiste d’ailleurs pas seulement à ajouter des lignes. Les deux nouvelles liaisons à 400 000 volts doivent parcourir environ 10,5 km dans un paysage largement agricole ou industrialo-portuaire. En parallèle, la restructuration du réseau existant doit permettre de retirer à terme environ 12 km de lignes aériennes et 33 pylônes au bilan global du projet.
Le pari électrique du Dunkerquois avait déjà pris la forme d’un poste, de chantiers et de 5 200 MW de capacité supplémentaire prévus. Avec la décision du 30 septembre, il descend désormais jusqu’au foncier : entre Flandre Maritime et Puythouck, les futures lignes vont aussi devoir se traduire propriété par propriété.
Sources consultées
- LégifranceArrêté du 30 septembre 2026 portant déclaration d'utilité publique des travaux de développement et de restructuration du réseau de liaisons électriques à 225 000 et 400 000 volts pour la décarbonation et l'attractivité du Dunkerquois
- LégifranceCode de l’énergie, article L.323-4 et procédure d’établissement des servitudes
- Commission de régulation de l’énergieDélibération n° 2026-21 du 27 janvier 2026
- RTEDéveloppement du réseau électrique pour la décarbonation et l’attractivité du Dunkerquois