
À Gravelines et Loon-Plage, le projet Neomat CAM entre dans sa phase de construction. Un groupement mené par Eiffage réalisera près de 60 000 m² de bâtiments, dont un atelier de production de 45 000 m², un entrepôt et une station de traitement des eaux industrielles. Jusqu’à 400 personnes seront mobilisées pour ces travaux, qui doivent se poursuivre jusqu’en 2028.
L’objet de cette immense usine tient pourtant en une poudre. Neomat doit y fabriquer des matériaux actifs de cathode, ou CAM, qui constituent la partie électrochimiquement active de l’électrode positive d’une batterie. Le site produira des matériaux NMC, à base de nickel, manganèse et cobalt, avec une teneur en nickel supérieure à 70 %. C’est l’un des composants qui influent directement sur les performances et le coût d’une cellule.
La difficulté n’est pas d’inventer cette chimie. XTC New Energy fabrique des matériaux NMC pour véhicules électriques depuis 2012 et exploite déjà des unités de production en Chine. Dans cette chaîne de fabrication, la chimie, la taille et la forme des particules ainsi que le niveau d’impuretés doivent être étroitement maîtrisés pour obtenir des performances régulières.
En 2025, la Chine assurait environ 85 % de la production mondiale de matériaux actifs de cathode, selon l’Agence internationale de l’énergie. En dehors de la Chine, seuls le Japon et la Corée disposaient encore de capacités importantes. Fabriquer des cellules en Europe ne supprime donc pas la dépendance asiatique si leurs composants intermédiaires viennent toujours de l’autre bout de la chaîne.
Le choix du NMC comporte néanmoins son propre pari de marché. Les batteries LFP, qui n’utilisent ni nickel ni cobalt, ont dépassé 55 % des batteries installées dans les véhicules électriques dans le monde en 2025. Mais hors de Chine, près de 80 % des batteries déployées utilisaient encore des chimies contenant du nickel. Le chantier s’inscrit donc dans une filière NMC éprouvée, mais concurrencée par l’essor rapide du LFP.
La décision finale d’investissement a été prise en mars 2026, la première pierre posée en mai et le marché de génie civil est désormais attribué. L’investissement annoncé approche 500 millions d’euros. La première phase vise une capacité nominale de 40 000 tonnes de CAM par an à partir de fin 2028, avec près de 400 emplois directs et 200 indirects annoncés en exploitation. Ces emplois sont distincts des 400 personnes susceptibles d’être mobilisées sur le chantier.
La Clé Publique observait déjà en juillet la montée en puissance des usines de batteries dans le Dunkerquois. Neomat ajoute une couche moins visible à cet ensemble. Sur ce chantier de près de 60 000 m², le défi sera de transformer un savoir-faire aujourd’hui surtout maîtrisé en Asie en production régulière à Gravelines.
Sources consultées
- EiffageEiffage retenu pour le génie civil de l'usine Neomat CAM à Dunkerque
- NeomatNeomat CAM : choix du groupement en charge du génie civil
- OranoXTC New Energy et Orano annoncent la construction de leur première usine de fabrication de matériaux actifs de cathode pour batteries dans les Hauts-de-France
- Agence internationale de l'énergieGlobal EV Outlook 2026 – Manufacturing and trade
- Agence internationale de l'énergieGlobal EV Outlook 2026 – Electric vehicle batteries