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À Valenciennes, des fauteuils roulants robotisés pour tester la mobilité réelle

L’UPHF veut acquérir deux fauteuils roulants robotisés instrumentés pour ses recherches sur mobilité, autonomie et accessibilité.

Fauteuil roulant en laboratoire

Un seuil trop haut, un couloir qui oblige à manœuvrer, une pente qui paraît banale à pied mais change tout en fauteuil: l’accessibilité ne se résume pas à cocher une case. Elle se mesure aussi dans l’effort, l’hésitation, la fatigue, le confort et la confiance.

C’est précisément le type de questions que peuvent aider à explorer des fauteuils roulants robotisés instrumentés. L’Université Polytechnique Hauts-de-France a publié le 15 mai un marché pour en acquérir. L’intitulé disponible au BOAMP indique que l’offre de base comporte deux fauteuils. Le marché ne permet pas encore de dire à quel projet exact ils seront affectés, ni quel laboratoire les utilisera directement. Mais l’objet lui-même parle assez clairement: il ne s’agit pas d’acheter du matériel médical courant, mais des supports d’expérimentation.

“Instrumenté”, dans ce contexte, signifie que le fauteuil peut être équipé pour observer et mesurer ce qui se passe pendant un déplacement: trajectoire, manœuvre, assistance, interaction avec l’environnement. “Robotisé” ouvre la porte à des tests d’aide à la conduite, d’autonomie partielle, de navigation ou de confort. Le mot peut faire imaginer un fauteuil du futur glissant tout seul dans les couloirs. La réalité est probablement moins spectaculaire, et plus utile: comprendre finement ce qui rend un déplacement possible, pénible ou rassurant.

À Valenciennes, cette commande s’inscrit dans un terrain déjà familier. Sur le campus du Mont Houy, le LAMIH, laboratoire commun à l’UPHF et au CNRS, travaille sur la mobilité, la robotique et les interactions entre l’humain et les systèmes techniques. Sa plateforme PSCHITT-PMR est dédiée aux déplacements en fauteuil roulant manuel ou motorisé dans un environnement simulé, immersif et dynamique. Elle permet de tester des aides à la mobilité et de mesurer le coût physique d’un déplacement.

C’est un point important, parce que l’accessibilité est souvent décrite de manière trop binaire: on passe ou on ne passe pas. Les travaux du projet CapaCITIES, portés autour du LAMIH, cherchaient justement à dépasser cette vision. Deux trajets peuvent être “accessibles” sur le papier et ne pas demander du tout le même effort. Une rampe, une bordure, un revêtement, un détour ou un espace trop étroit peuvent transformer une sortie ordinaire en parcours à calculs.

Le marché de l’UPHF ne dit pas que ces fauteuils résoudront ces problèmes. Il dit plutôt que l’université continue à les prendre comme objets de recherche concrets. C’est moins spectaculaire. C’est aussi ce qui le rend crédible. Avant d’imaginer une ville adaptée par la technologie, il faut tester ce que la technologie comprend vraiment du déplacement humain. Et ce qu’elle ne comprend pas encore.

Le sujet rejoint, par le laboratoire, des questions déjà très présentes dans le Nord autour de l’autonomie, du handicap et du grand âge. Ici, on quitte les politiques publiques générales pour regarder le détail matériel: un fauteuil, des capteurs, des essais, des trajectoires, des erreurs à corriger. C’est moins solennel, mais parfois plus parlant.

Le risque, avec la robotique d’assistance, est de promettre trop vite. Un fauteuil intelligent ne rend pas automatiquement une gare, un trottoir, un campus ou un immeuble plus praticable. Il peut en revanche aider les chercheurs à mieux voir les difficultés que les personnes en fauteuil connaissent déjà très bien. Et à Valenciennes, cette commande rappelle une chose simple: dans la recherche sur l’autonomie, une bonne idée commence souvent par un virage serré qu’un fauteuil n’arrive pas encore à prendre correctement.