Quand un éducateur manque dans un foyer, le service ne peut pas fermer plus tôt. Les repas restent à préparer, les couchers à accompagner, les nuits à couvrir, les tensions à apaiser, les rendez-vous à tenir. Dans ces métiers, une absence n’est jamais seulement une case vide dans un planning.
C’est le sens très concret du marché attribué par l’Epdsae, l’Établissement public départemental pour soutenir, accompagner, éduquer. L’avis publié cette semaine porte sur la mise à disposition de personnel intérimaire pour ses services dans le Nord. L’accord-cadre court sur 48 mois, avec une valeur estimée à 1,2 million d’euros hors taxes et un plafond fixé à 2 millions d’euros.
Trois prestataires ont été retenus: Domino Pakt, Adecco Medical et Select TT. Le marché n’est pas découpé en lots. Il doit couvrir l’ensemble des sites de l’établissement dans le département, principalement pour des personnels éducatifs en lien avec l’aide sociale à l’enfance.
Un tel marché ne suffit pas à conclure à une crise. Les établissements sociaux et médico-sociaux ont besoin de remplacer des congés, des arrêts maladie, des formations, des départs ou des postes provisoirement vacants. Mais le type de services concernés change la lecture. L’avis mentionne l’hébergement d’enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance, l’hébergement de personnes handicapées et les instituts médico-éducatifs.
L’Epdsae n’est pas un acteur marginal. Il intervient dans la prévention, la protection de l’enfance et le handicap, avec 16 établissements répartis dans 41 communes. Ses pôles enfance accompagnent des enfants en établissement et à domicile, de la métropole lilloise au Douaisis, au Valenciennois, au Cambrésis et à l’Avesnois. Son pôle inclusion autonomie accompagne aussi des enfants et des adultes en situation de handicap.
Dans ce paysage, l’intérim n’est pas seulement une dépense de fonctionnement. C’est une manière de garder une présence qualifiée quand l’équipe permanente ne suffit pas, ou pas ce jour-là. Pour les enfants confiés, les personnes accompagnées et les professionnels en poste, la différence se voit moins dans les tableaux budgétaires que dans le quotidien: un adulte en plus, une nuit couverte, une activité maintenue, une équipe qui ne compense pas seule.
Le contexte rend cette organisation encore plus sensible. Le Département du Nord revendique 23 000 enfants protégés et près de 630 millions d’euros consacrés à la protection de l’enfance en 2025. À l’échelle nationale, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques comptait fin 2024 près de 392 600 enfants et jeunes majeurs bénéficiant d’au moins une mesure d’aide sociale à l’enfance. Les formations aux professions sociales comptent aussi moins d’inscrits en première année.
Le sujet rejoint les tensions déjà observées dans les métiers du soin et de l’accompagnement, mais avec une focale plus précise. Ici, il ne s’agit pas de dire que tout manque partout. Il s’agit de regarder comment un service public sensible se donne une marge de manœuvre pour que l’absence d’un professionnel ne désorganise pas toute une journée de prise en charge.
La bonne question n’est donc pas de savoir si l’intérim est un problème en soi. Elle est de savoir s’il reste un outil de remplacement ponctuel, bien encadré, avec les bonnes qualifications, ou s’il devient le signe d’équipes trop difficiles à stabiliser. Pour les familles comme pour les agents, la réponse ne tient pas dans le mot “intérim”. Elle tient dans quelque chose de plus simple: le bon professionnel, au bon endroit, quand il faut tenir la journée.