À vol d’oiseau, la rue Sadi-Carnot, à Saint-André-lez-Lille, et la rue Gustave-Scrive, à La Madeleine, sont toutes proches. Entre les deux, pourtant, il y a la Deûle. Pour passer d’une rive à l’autre, il faut encore contourner. Le futur pont promet de transformer cette proximité sur la carte en trajet réellement praticable.
La Métropole européenne de Lille défend ce franchissement dans un communiqué publié autour du conseil métropolitain du 12 mai. Le projet n’en est plus au stade de l’idée: en juin 2025, la MEL avait déjà tiré le bilan de la concertation, arrêté les grandes lignes de l’opération, autorisé les travaux et le lancement du marché. Le coût prévisionnel était alors fixé à 19 millions d’euros hors taxes, pour un chantier estimé à 24 mois.
Le pont doit relier deux morceaux d’un secteur qui change vite. Les Bords de Deûle concernent La Madeleine, Saint-André-lez-Lille et Marquette-lez-Lille, entre anciens terrains industriels, logements nouveaux, berges à rendre plus accessibles et espaces publics à refaire. La MEL évoque, à l’échelle de ce territoire, un parc de 20 hectares et environ 10 000 habitants supplémentaires à l’horizon 2030.
Dans ce décor, le franchissement n’est pas seulement un ouvrage au-dessus de l’eau. Il doit aussi préparer le passage d’un futur bus à haut niveau de service entre Saint-André-lez-Lille et Villeneuve-d’Ascq. La Ville de Saint-André mentionne également des aménagements pour les piétons et les cyclistes, dans un secteur où les travaux du Quai 22 et de la rue Sadi-Carnot ont déjà commencé à modifier les habitudes.
Pour les habitants, l’enjeu tient dans cet équilibre. Un pont peut raccourcir des trajets courts, faciliter l’accès aux berges, rendre plus lisibles les itinéraires à pied et à vélo. Mais il peut aussi attirer davantage de circulation dans des rues contraintes. La Madeleine a donné un avis favorable au projet en avril 2025, tout en demandant une attention particulière aux flux automobiles, avec une préférence pour un sens unique dans la partie la plus étroite de la rue Sadi-Carnot.
Le vrai débat n’est donc pas seulement de savoir s’il faut un pont. Il est de savoir ce que ce pont fera passer, et dans quelles conditions. Dans une métropole où le vélo oblige déjà à refaire la rue, ce nouveau franchissement sera réussi s’il raccourcit les trajets sans simplement déplacer les nuisances d’une rive à l’autre.