Nacon Tech n’aura passé que quelques semaines en redressement judiciaire. Enregistrée à Fretin, dans la même rue que sa maison mère Nacon, cette petite filiale spécialisée dans la capture de mouvement a été placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce de Lille Métropole.
Le détail compte: il évite de raconter une fausse histoire locale. Nacon Tech a bien son siège dans la métropole lilloise, rue de la Voyette, à Fretin. Mais l’appel à repreneur publié avant la liquidation décrivait un studio de motion capture situé à Castelnau-le-Lez, dans l’Hérault, avec cinq salariés mentionnés. L’annonce ne dit donc pas la fermeture d’un grand site nordiste. Elle montre plutôt comment un groupe installé dans le Nord pilote des activités techniques très spécialisées, parfois à distance, et aujourd’hui fragilisées.
Nacon Tech n’est pas une société au nom proche que l’on aurait confondue avec le groupe de jeux vidéo. Dans ses documents financiers, Nacon la présente comme une filiale détenue à 100 %, chargée de fournir des solutions techniques aux studios du groupe et des prestations de motion capture. Cette technologie sert à capter les mouvements d’acteurs, puis à les transformer en animations de personnages, de visages ou d’accessoires. Derrière le mot, il y a des plateaux, des caméras, des corps qui jouent, et toute une partie invisible de la fabrication d’un jeu.
La chronologie est serrée. Le 23 mars, Nacon annonçait que quatre filiales, Spiders, Kylotonn, Cyanide et Nacon Tech, avaient déclaré leur cessation des paiements auprès du tribunal de commerce de Lille Métropole et demandé l’ouverture d’un redressement judiciaire. Pour Nacon Tech, ce redressement a été ouvert le 30 mars. Le 29 avril, il a été converti en liquidation judiciaire. L’annonce publiée au Bodacc le 9 mai rend cette décision publique.
Une liquidation judiciaire signifie que le tribunal estime que l’activité ne peut plus continuer dans les conditions du redressement. Pour les fournisseurs et créanciers, la publication ouvre aussi le temps des démarches auprès des liquidateurs. Dans le cas de Nacon Tech, l’annonce mentionne deux liquidateurs, à Wasquehal et Roubaix, et met fin à la mission des administrateurs nommés pendant la phase précédente.
La portée économique reste à manier avec précision. La liquidation de Nacon Tech ne résume pas l’avenir de Nacon SA. La maison mère est, elle, en redressement judiciaire depuis le 2 mars, avec poursuite annoncée de l’activité pendant la période d’observation. Elle a aussi reporté la publication de ses résultats 2025-2026, signe que la séquence reste sensible.
Pour le Nord, l’intérêt de cette annonce tient donc moins à son ampleur immédiate qu’à ce qu’elle révèle d’un pan discret du jeu vidéo: des sociétés visibles, des filiales discrètes, des savoir-faire rares, des projets qui circulent entre plusieurs villes. L’appel à repreneur citait notamment des prestations liées à Cthulhu: The Cosmic Abyss et Hunting Simulator 3. Dans ce genre d’activité, une petite structure peut porter des outils, des contrats et des compétences difficiles à remplacer.
Reste maintenant le point décisif: ce que deviendront les cinq emplois mentionnés, les équipements de capture et les projets en cours. C’est là, plus que dans la ligne administrative du Bodacc, que se mesurera la portée réelle de cette liquidation.