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À Coudekerque-Branche, Bunkers 1940 veut remettre des noms sur le béton

Une association de Coudekerque-Branche veut recenser et documenter les bunkers et vestiges fortifiés du Dunkerquois.

Blockhaus dans les dunes du Dunkerquois

À Leffrinckoucke, les blockhaus n’attendent pas que l’on entre dans un musée. Ils sont là, sur la plage du Land Art, pris entre le sable, la mer du Nord et les promeneurs. On les contourne, on les photographie parfois, on finit surtout par les traiter comme un morceau du décor.

Créée à Coudekerque-Branche, Bunkers 1940 veut travailler sur ces traces que l’on voit beaucoup et que l’on connaît parfois mal. L’association a pour objet de recenser, inventorier et restaurer bénévolement des vestiges fortifiés et des bunkers. Elle prévoit aussi de préserver documents d’époque et objets historiques, puis de transmettre cette mémoire par des expositions et des visites guidées.

Dans le Dunkerquois, le sujet a déjà ses grands repères. Le Musée Dunkerque 1940 raconte, dans les casemates du bastion 32, l’évacuation de plus de 330 000 soldats alliés depuis la poche de Dunkerque. Le Fort des Dunes, à Leffrinckoucke, est à la fois musée, mémorial et lieu culturel. Les visites, circuits et épaves à marée basse donnent à l’opération Dynamo des points d’appui bien identifiés.

Les bunkers, eux, posent une question plus ordinaire et plus délicate. Certains sont intégrés à des parcours. D’autres restent au bord d’une plage, d’un chemin ou d’un terrain dont le statut n’est pas évident. Le même mot peut aussi recouvrir des histoires différentes: les blockhaus du Mur de l’Atlantique, construits par l’Allemagne entre 1942 et 1945, ne racontent pas exactement le même moment que les plages de l’évacuation de 1940.

C’est là qu’un travail bénévole peut servir. Pas en ajoutant une couche de nostalgie militaire, mais en remettant des noms, des dates, des limites et des précautions sur des formes que l’on finit par ne plus voir. Inventorier un bunker, ce n’est pas seulement le localiser. C’est dire ce qu’il est, dans quel état il se trouve, qui en est responsable, ce que l’on peut montrer, nettoyer, restaurer ou laisser tranquille.

L’autre mot important sera la prudence. Restaurer un vestige militaire ne peut pas se réduire à un nettoyage enthousiaste un dimanche matin. Il faut des propriétaires identifiés, des autorisations, des règles de sécurité, et sans doute des liens avec les communes, les musées, les archives ou d’autres associations patrimoniales.

Pour l’instant, l’intérêt de Bunkers 1940 tient à une idée simple: rendre lisible ce qui est déjà sous les yeux. Dans le Dunkerquois, la mémoire de la guerre n’est pas seulement dans les vitrines. Elle est aussi dehors, dans un mur fissuré, une entrée bouchée, une archive conservée, un objet retrouvé. À condition de documenter sans folklore, ces blocs de béton peuvent redevenir autre chose qu’un décor: des morceaux précis d’histoire locale.