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Le Stadium fête ses 50 ans: moins de nostalgie, plus d’usages

À Villeneuve-d’Ascq, les 50 ans du Stadium racontent la deuxième vie d’un grand équipement public: moins de prestige, plus d’usages.

Stade public en activité

Le Stadium de Villeneuve-d’Ascq fête ses 50 ans avec des visites de coulisses prévues les 22, 23 et 30 mai. Vestiaires, terrain, salon présidentiel, archives: l’anniversaire a de quoi attirer les curieux. Mais son intérêt dépasse la promenade patrimoniale. Ce stade raconte surtout comment un grand équipement public peut rester utile quand il n’est plus la scène principale du sport métropolitain.

Inauguré le 27 juin 1976, conçu par Roger Taillibert, l’architecte du Parc des Princes, le Stadium a longtemps incarné une ambition métropolitaine: un grand stade de 30 000 places, capable d’accueillir football, rugby, athlétisme, concerts et grandes compétitions. Le LOSC y a joué de 2004 à 2012, jusqu’au titre de champion de France en 2011, avant le basculement vers le stade Pierre-Mauroy.

Depuis, le Stadium a changé de rôle. Moins spectaculaire, mais pas marginal. Le site s’étend sur 15 hectares, dispose aujourd’hui d’un stade d’honneur d’environ 10 000 places et accueille plus de 2 000 sportifs chaque semaine. Les terrains annexes représentent 4 200 heures d’entraînement par an pour les clubs résidents. C’est là que se trouve sa vraie valeur: pas seulement dans les souvenirs, mais dans l’usage régulier par les clubs, les scolaires, les athlètes, les équipes féminines, le rugby et l’athlétisme.

Cette bascule est importante. Dans beaucoup de villes, les grands stades posent la même question après leur période de gloire: que fait-on d’un équipement coûteux, très visible, parfois trop grand pour ses usages courants? Le laisser vieillir, c’est perdre un outil public. Le transformer trop vite, c’est risquer de perdre ce qui fait encore son intérêt. Le Stadium se situe exactement dans cet entre-deux: assez ancien pour nécessiter des choix, encore assez actif pour justifier qu’on le traite comme une ressource.

Les Jeux de Paris 2024 ont accéléré cette remise à niveau. La MEL a engagé 3,4 millions d’euros de travaux, avec 2 millions d’euros de soutien de l’UEFA: nouvelle tribune annexe de 500 places, vestiaires modernisés, éclairage à LED, terrain de handball extérieur, espaces adaptés au sport de haut niveau. Le site a servi de village pour les athlètes et de lieu d’entraînement, pendant que le stade Pierre-Mauroy accueillait les matches de basket et de handball. L’Olympium, construit près du Stadium, laisse désormais 550 lits pour étudiants et sportifs en formation.

Ce point compte au-delà de Villeneuve-d’Ascq. Paris 2024 a beaucoup misé sur des sites existants ou temporaires pour éviter l’écueil classique des grands événements: construire trop, utiliser peu, payer longtemps. À son échelle, le Stadium illustre la meilleure version de cette logique. On ne part pas d’une page blanche. On prolonge un équipement existant, on modernise ce qui bloque, puis on cherche des usages durables après l’événement.

C’est aussi le sens de la démarche “Réinventons le Stadium”, lancée par la Métropole européenne de Lille. La collectivité cherche de nouveaux usages sportifs, de loisirs, de services ou d’activités autour du site, sans renoncer à sa vocation principale. Le défi est clair: ouvrir davantage le Stadium, mieux utiliser ses temps creux, renforcer son modèle économique, tout en respectant le parc du Héron, les riverains, les clubs et l’identité architecturale du lieu.

Dans une MEL où les choix budgétaires reviennent au premier plan, le sujet n’est donc pas seulement commémoratif. Comme dans le débat plus large sur l’argent, les marchés et les leviers concrets de la nouvelle présidence métropolitaine, le Stadium oblige à regarder les équipements publics par leur utilité réelle.

À 50 ans, il n’a plus besoin d’être le grand stade de tous les soirs pour compter. Sa force est ailleurs: servir souvent, servir plusieurs publics, et montrer qu’un équipement public peut trouver une deuxième vie sans rejouer indéfiniment la première.