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À la Mel, le premier test Skyronka se joue sur l’argent, les marchés et les leviers concrets

Le conseil métropolitain du 28 avril ouvre la première vraie séquence de pouvoir du nouvel exécutif de la Mel, entre désignations clés et débat budgétaire.

Illustration du conseil métropolitain lillois

À la Mel, le premier test Skyronka se joue sur l’argent, les marchés et les leviers concrets

Le conseil métropolitain du 28 avril, à 17 heures, ne sera pas une séance de grands effets. L’ordre du jour compte onze délibérations. Dix portent sur des désignations internes. La onzième lance le débat d’orientations budgétaires pour 2026, passage obligé avant le vote du budget. C’est précisément ce qui en fait un vrai test. La question n’est plus de savoir qui a gagné. Elle est de voir qui tient les leviers.

Éric Skyronka a déjà sécurisé la présidence. Le 10 avril, le maire de Sailly-lez-Lannoy a été élu à la tête de la Métropole européenne de Lille avec 138 voix sur 181 suffrages exprimés. Le même jour, la métropole a installé un exécutif fourni, avec 20 vice-présidents et 12 conseillers délégués. Le 28 avril, il ne s’agira donc pas d’un nouveau départ. Il s’agira de verrouiller la machine.

Les désignations prévues ne sont pas décoratives. Elles concernent les commissions thématiques, les commissions d’appel d’offres, la commission des services publics locaux, le Conseil de l’eau, la régie Sourcéo et plusieurs structures liées à l’habitat, aux déchets, à l’innovation, au tourisme ou à la culture. C’est là que commencent à se former les arbitrages sur les contrats, l’aménagement, les opérateurs publics et les priorités politiques. Pour les habitants, cela finit par se traduire en choses très concrètes : le rythme des investissements dans les transports, la gestion de l’eau, la collecte des déchets, le logement ou les grands projets urbains.

Les montants donnent la mesure du sujet. Le budget 2025 de la Mel a atteint 2,446 milliards d’euros, avec près d’un milliard d’investissements. Les transports et mobilités représentent 771 millions d’euros. Le bloc climat, déchets, eau et assainissement en représente 400 millions. L’aménagement, le logement et l’habitat pèsent encore 188 millions. Ce ne sont pas des lignes comptables lointaines. Ce sont les dépenses qui touchent le métro, les bus, les canalisations, les poubelles, le foncier et une partie du quotidien métropolitain.

La séance du 28 avril servira donc à lire une hiérarchie de priorités. Une nouvelle présidence se raconte toujours en discours. Elle se révèle surtout dans ce qu’elle place en premier, dans les organes qu’elle sécurise et dans les dossiers qu’elle choisit de faire remonter tout de suite. Si le débat budgétaire reste prudent, le signal sera celui de la continuité. Si certains secteurs sont davantage mis en avant, il faudra y lire les premières inflexions.

Ce qui se joue à Lille dépasse d’ailleurs le seul cas lillois. En France, le bloc communal, c’est-à-dire les communes et leurs intercommunalités, assure la plus grande part de l’investissement public local. Les intercommunalités gèrent des masses croissantes d’argent, de compétences et de commande publique. Voilà pourquoi leurs commissions, leurs régies et leurs satellites comptent autant. Le pouvoir local ne passe plus seulement par les mairies. Il passe aussi par ces lieux moins visibles où se décident les marchés, les opérateurs et les calendriers.

Le premier conseil de l’ère Skyronka ne dira peut-être pas encore où la Mel veut aller dans cinq ans. Il dira déjà quelque chose de plus immédiat et de plus utile : qui tient quoi, sur quels sujets, et avec quelle capacité à faire tourner l’ensemble sans accroc. Pour une métropole de 95 communes et 188 élus, c’est déjà beaucoup.