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Dans le Nord, les métiers du soin et de l’accompagnement cherchent toujours leurs bras

Aide à domicile, aides-soignants, accompagnement social: dans le Nord, les besoins de recrutement restent massifs et butent toujours sur les conditions de travail.

Aide à domicile dans le Nord

Dans le Nord, les métiers du soin et de l’accompagnement recrutent toujours plus vite qu’ils ne remplissent leurs plannings. L’aide à domicile reste le point le plus tendu, avec 3 020 projets de recrutement recensés par France Travail dans le département et 78,5 % jugés difficiles. Pour les aides-soignants, infirmiers et sages-femmes, le Nord comptait aussi 2 470 projets, dont 52,6 % difficiles. Même le versant socio-éducatif reste sous pression, avec 1 340 recrutements et près d’un poste sur deux compliqué à pourvoir. À Lille, Douai, Dunkerque, Valenciennes ou en Flandre-Lys, le problème n’a rien d’abstrait.

Le nœud n’est pas seulement le manque de candidats. C’est aussi la difficulté à faire tenir ces métiers dans la durée. La Drees, le service statistique des ministères sociaux, rappelle que 45 % des professionnelles du social travaillent à temps partiel. Pour les aides à domicile, on monte à 75 %. Et quand un poste est enfin décroché, la paie reste modeste : 1 470 euros nets par mois en moyenne en équivalent temps plein, avec une moitié des postes sous 1 430 euros. Horaires morcelés, soirées, week-ends, déplacements, fatigue physique, charge relationnelle : le secteur recrute, mais il peine encore à fidéliser.

Dans un département comme le Nord, ces tensions se voient vite. Quand les effectifs manquent, ce sont des tournées d’aide à domicile plus difficiles à couvrir, des remplacements qui s’enchaînent mal, des équipes en établissement qui tournent à flux tendu et, au bout de la chaîne, un accompagnement plus instable pour les personnes âgées, handicapées ou fragiles. Or la demande va continuer à monter. En Hauts-de-France, près de 1,7 million d’habitants auront plus de 60 ans en 2030, soit environ 28 % de la population régionale, et environ 48 000 emplois supplémentaires devront être créés dans le secteur d’ici 2035.

Le Nord n’est d’ailleurs pas face à une simple mauvaise passe. La Drees estime qu’entre 150 000 et 200 000 emplois supplémentaires seront nécessaires d’ici 2050 pour accompagner la perte d’autonomie des personnes âgées à domicile ou en établissement. Elle rappelle aussi qu’en 2022, 34 % des aides à domicile avaient déjà 55 ans ou plus. Autrement dit, il faut à la fois pourvoir les postes vacants d’aujourd’hui et remplacer une partie des effectifs de demain. Le sujet n’est donc pas seulement social. Il est démographique.

Le secteur essaie malgré tout de sortir du vieux registre de la vocation. La page publiée fin mars par le Département du Nord met en avant des métiers concrets comme auxiliaire de vie et insiste sur l’autonomie dans le travail, le sens, la souplesse et les possibilités d’évolution. En parallèle, France Travail pousse les événements de recrutement et les outils d’orientation dédiés au soin et à l’accompagnement. La bonne question, désormais, est plus terre à terre : non pas comment rendre ces métiers admirables, mais comment les rendre assez stables, assez lisibles et assez attractifs pour que les gens entrent, puis restent. C’est là que se jouera la suite.