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Inondations dans le Nord: haies bocagères et zones d’expansion de crues, les solutions concrètes qui remontent

À Banteux et Morbecque, le Nord mise sur haies bocagères et stockage temporaire de l’eau pour freiner les inondations avant les dégâts.

Haies et eau en plaine

Dans le Nord, la prévention revient au ras du sol. À Banteux, près de deux kilomètres de haies bocagères ont été plantés pour 50 000 euros, avec des fascines en aval. Dans cette plaine du Cambrésis, le problème n’est pas le débordement d’une rivière mais le ruissellement qui dévale les pentes, emporte la terre et finit dans les villages. Les fascines agissent tout de suite. Les haies, elles, demandent environ cinq ans pour devenir pleinement efficaces. Banteux a déjà connu six reconnaissances de catastrophe naturelle pour inondations et coulées de boue.

À Morbecque, le levier est plus massif. L’Union syndicale d’aménagement hydraulique du Nord lance la réalisation de la future zone d’expansion de crues du Romarin, avec 47 000 mètres cubes de stockage temporaire annoncés, 865 000 euros hors taxes et des travaux prévus en 2026. L’idée est simple: laisser l’eau s’étaler là où on l’a prévu pour éviter qu’elle se concentre plus bas. Morbecque est couverte par le programme d’actions de prévention des inondations de la Lys et la commune a déjà enregistré huit reconnaissances de catastrophe naturelle pour inondations et coulées de boue.

Ces deux dossiers disent la même chose: dans le Nord, l’inondation ne se joue pas seulement au bord des rivières. Le risque d’inondation reste le premier risque naturel en France et un Français sur quatre y est exposé. Le Cerema rappelle de son côté que près de la moitié des sinistres liés aux inondations sont aujourd’hui observés hors des zones de débordement des cours d’eau. C’est là que les haies reviennent dans le jeu. L’Institut national de recherche pour l’agriculture explique qu’elles ralentissent le ruissellement, favorisent l’infiltration et limitent l’érosion. L’Office français de la biodiversité ajoute qu’un maillage dense de haies allonge le trajet de l’eau à l’échelle de la parcelle comme du bassin versant, et que haies et fascines peuvent intercepter entre 74 et 99 % de la charge solide transportée par ruissellement quand elles sont bien placées et entretenues.

Le vrai arbitrage est là. Entre novembre 2023 et janvier 2024, les inondations dans le Nord et le Pas-de-Calais ont coûté 430 millions d’euros selon France Assureurs. Le coût des événements naturels en France a atteint 5 milliards d’euros en 2024. Face à ces montants, 50 000 euros de haies à Banteux et 865 000 euros de stockage temporaire à Morbecque ne relèvent pas du gadget. Ils ne supprimeront pas le risque, mais ils montrent une direction plus utile que l’attente du prochain arrêté: dans le Nord, la prévention redevient concrète, dans les champs, sur les pentes et dans les zones où l’on choisit enfin de redonner de la place à l’eau.