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Grève des déchets dans la MEL: ce qu’un conflit chez un prestataire a révélé

La grève chez Deverra a perturbé la collecte dans 52 communes de la MEL et révélé la fragilité d’un service essentiel partiellement externalisé.

Bennes et sacs sur un trottoir

Le mouvement lancé chez Deverra le 22 décembre 2025 n’a pas seulement retardé quelques tournées. Il a perturbé la collecte en porte-à-porte dans 52 communes de la Métropole européenne de Lille. Une semaine plus tard, la MEL indiquait que seulement 20 % des tournées avaient pu être assurées et renvoyait les habitants vers les points d’apport volontaire et les déchèteries.

Le fond du sujet est là. La métropole organise le service, fixe les fréquences, les flux à collecter et le niveau attendu. Mais sur ce secteur, elle ne ramasse pas elle-même. Elle passe par un marché public et confie l’exécution à une entreprise privée, chargée de ses équipes et de ses moyens. Quand le conflit éclate chez l’opérateur, les sacs restent sur les trottoirs et c’est pourtant la collectivité qui doit répondre aux habitants. La grève a mis à nu cette faille simple: pour un service essentiel, la responsabilité reste publique, mais une partie du contrôle quotidien ne l’est pas.

L’épisode tombe mal pour une autre raison. La MEL veut ramener ses déchets ménagers et assimilés à 508 kg par habitant d’ici 2030. Elle en était encore à 544 kg par habitant en 2023. À l’échelle nationale, près de 37 millions de tonnes de déchets ménagers et assimilés ont encore été collectées en 2023, dont 14,7 millions de tonnes d’ordures résiduelles, soit 223,5 kg par habitant. Le contraste est brutal. On demande aux ménages de mieux trier, de composter davantage et de jeter moins, mais tout repose encore sur une mécanique très concrète: des camions, des équipages, des dépôts et des remplacements. Quand cette chaîne casse, le tri passe au second plan. Le problème redevient simple: les déchets restent dehors.

Cette grève n’a donc pas seulement produit une gêne passagère. Elle a montré qu’une grande métropole peut être vite déstabilisée si un prestataire bloque sur un seul maillon de la collecte. Elle a montré aussi que tous les habitants ne vivent pas cette panne de la même façon. Stocker des sacs, garder des cartons ou filer en déchèterie n’a rien d’évident quand on vit en appartement, sans voiture, avec peu de place. La leçon est nette: un plan déchets ne tient pas seulement sur des objectifs de tri. Il tient aussi sur la capacité à encaisser une semaine de blocage sans laisser une partie du territoire s’encrasser. Sur ce point, la MEL a encore besoin d’un vrai filet de sécurité.