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Éric Skyronka prend la tête de la MEL: ce que cela change vraiment

Réélu à la présidence de la MEL, Éric Skyronka prend la main sur une institution clé pour les transports, les déchets, l’eau et les grands chantiers du Nord.

Illustration - portrait d'Éric Skyronka

Éric Skyronka a été réélu le 10 avril président de la Métropole européenne de Lille avec 138 voix sur 181 suffrages exprimés. Ce vote prolonge la séquence ouverte le 9 janvier, lorsqu’il avait déjà été élu pour terminer le mandat en cours. Le signal politique est clair: la MEL a choisi la continuité. Pour les habitants du Nord, l’enjeu n’est donc pas un changement de visage, mais la manière dont cette continuité va peser sur les transports, les déchets, l’eau, le logement et les grands chantiers métropolitains.

C’est là que le sujet devient important. La MEL regroupe 95 communes et plus d’un million d’habitants. Elle s’inscrit dans une agglomération transfrontalière de 2,1 millions d’habitants avec les villes belges voisines. Son budget primitif 2025 atteint 2,446 milliards d’euros, avec près d’un milliard d’investissement. En France aussi, le centre de gravité local a bougé: au 1er janvier 2026, le pays comptait 1 252 intercommunalités à fiscalité propre, et les 21 métropoles rassemblaient à elles seules 18,5 millions d’habitants. Une part croissante des décisions qui touchent la vie quotidienne ne se prend plus seulement à la mairie ou au Département. Elle se prend à l’échelle métropolitaine.

Les dossiers en cours montrent tout de suite ce que cela veut dire. Sur la ligne 1 du métro, la MEL a testé en janvier un fonctionnement avec jusqu’à 12 nouvelles rames de 52 mètres et 29 anciennes rames de 26 mètres circulant en même temps, sans anomalie majeure selon elle. Sur le futur tramway Roubaix-Tourcoing, l’enquête publique a recueilli 998 contributions et plus de 24 000 visiteurs sur le registre numérique avant de déboucher sur un avis favorable, assorti de réserves et de recommandations. Même la collecte des déchets rappelle le poids réel de l’institution: fin décembre, un préavis de grève chez le prestataire Deverra menaçait le ramassage dans 52 communes. Le pouvoir métropolitain, ce sont d’abord des services qui tiennent, ou qui coincent.

L’élection de Skyronka dit aussi autre chose sur le pouvoir local. La plus grosse machine publique du Nord n’est pas dirigée par le maire de Lille, mais par un élu issu d’une commune périphérique. C’est un rappel utile: dans les métropoles françaises, le pouvoir se construit par coalition entre communes, pas seulement autour de la ville-centre. La vraie question, maintenant, est simple: la MEL va-t-elle tenir ses grands services, accélérer sur les transports et faire avancer des dossiers qui engagent le territoire pour des années?