Le budget 2026 du Nord ne raconte pas une montée en puissance. Il raconte un étau qui se resserre. Le total atteint 4,044 milliards d’euros, avec 241 millions d’investissements. Mais le chiffre qui compte est 236,3 millions d’euros: c’est le montant des dépenses imposées par l’État que le Département dit devoir absorber sans compensation. En face, il remet 77,4 millions sur la solidarité, qui pèse désormais 76,8 % des dépenses de gestion. La priorité est nette. La marge, elle, se réduit.
Le mouvement est rapide. En 2025, le budget voté était de 3,875 milliards d’euros et les charges non compensées étaient évaluées à 167 millions. En un an, la pression grimpe donc d’environ 70 millions. Le Nord continue à tenir son bloc social, mais en serrant plus fort autour. Les aides aux communes et intercommunalités sont fixées à 35 millions, la voirie à 75,9 millions, les collèges à 147,1 millions. En parallèle, l’insertion monte à 696,5 millions, l’enfance à 671,4 millions, le handicap à 478,1 millions et l’autonomie des personnes âgées à 436,2 millions. Le budget protège d’abord ce qui touche les habitants les plus exposés.
Ce choix colle à la réalité sociale du territoire. Dans le Nord, le niveau de vie médian est de 21 340 euros par an et le taux de pauvreté atteint 18,4 %, ce qui place le département parmi les plus touchés de France métropolitaine. Plus largement, les Hauts-de-France sont la deuxième région métropolitaine la plus pauvre, avec une part élevée de ménages éloignés de l’emploi et une forte dépendance aux prestations sociales. Quand le Département met l’enfance, le revenu minimum, le handicap et la perte d’autonomie au centre, il répond à une pression sociale massive et durable.
Le vrai problème est national, et il est brutal. La Cour des comptes rappelle que les recettes tirées des ventes immobilières des départements ont chuté de près d’un tiers entre 2022 et 2024, pendant que les dépenses sociales continuaient de monter. Résultat: l’épargne des départements ne représenterait plus en 2025 qu’un tiers de son niveau de 2022. Oui, les transactions repartent un peu et 83 départements ont relevé leur taxe sur les ventes immobilières. Mais le nœud reste le même: on finance des dépenses rigides avec des recettes volatiles. Le budget 2026 du Nord ne règle pas ce problème. Il montre seulement où le Département a choisi d’encaisser le choc. Pour l’instant, il le prend sur le reste avant de le faire payer aux plus fragiles.