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Acier, lithium, solaire : derrière 16 projets français, la bataille des usines et de l’électricité

Seize projets français ont été retenus pour plus de 750 millions d’euros de subventions demandées. Leur avenir dépend encore des réseaux électriques, des financements et des clients.

Illustration - Industrie bas carbone

À Vernon, dans l’Eure, une usine de carton pourrait produire sa vapeur grâce à de l’électricité stockée sous forme de chaleur. En Alsace, du lithium serait extrait de l’eau chaude remontée des profondeurs. À Fos-sur-Mer, de l’hydrogène remplacerait le charbon pour transformer du minerai en fer.

Ces trois projets appartiennent aux seize initiatives implantées en France que la Commission européenne a sélectionnées le 19 octobre dans le cadre de son Fonds pour l’innovation. Derrière cette liste se dessine une transformation très matérielle de l’industrie : fabriquer des équipements aujourd’hui largement importés, remplacer les combustibles fossiles dans les procédés industriels et mieux utiliser l’électricité disponible.

Sur 77 projets retenus dans 23 pays, seize sont français, dont cinq des douze projets industriels de grande ampleur. Ils totalisent plus de 750 millions d’euros de subventions demandées, qui restent à conventionner. Le financement provient des recettes du marché européen du carbone, sur lequel les entreprises paient leurs émissions de CO₂.

Du minerai au panneau solaire, reconstruire des capacités de production

À Fos-sur-Mer, GravitHy veut fabriquer deux millions de tonnes de fer briqueté bas carbone par an. Ce produit intermédiaire pourra ensuite alimenter des aciéries européennes. L’innovation consiste à utiliser de l’hydrogène bas carbone plutôt que du charbon pour retirer l’oxygène du minerai.

Mais l’échelle du projet donne la mesure du travail restant. L’usine nécessitera un raccordement électrique d’une puissance d’environ 1,15 gigawatt, dont 720 mégawatts pour produire l’hydrogène. En septembre, GravitHy a attribué le contrat de réalisation de sa future sous-station électrique. Sa décision finale d’investissement est attendue en 2027.

L’enjeu dépasse cette usine. Dans la zone de Fos-Berre, RTE recense plus de 6 gigawatts de demandes supplémentaires de raccordement à l’horizon 2030, tous usages confondus. Le gestionnaire prévoit notamment une nouvelle ligne à 400 000 volts. Comme le montrait déjà le dépôt des autorisations de GravitHy en juillet, la disponibilité du réseau est devenue une condition de la réindustrialisation.

En Alsace, Ageli explore un autre maillon de la chaîne : les matières premières. Eramet et Électricité de Strasbourg veulent récupérer le lithium contenu dans les eaux géothermales, avant de les réinjecter dans le sous-sol. L’objectif atteint 15 000 tonnes annuelles de carbonate de lithium destiné aux batteries. Eramet a précisé le 29 octobre que son projet avait été sélectionné pour une subvention de 158 millions d’euros, sous réserve de conventionnement. Sa décision finale d’investissement pourrait intervenir avant 2030, si la viabilité industrielle et financière est confirmée.

À Hambach, en Moselle, Holosolis ambitionne de produire cinq gigawatts de cellules et de modules photovoltaïques par an, soit plus de dix millions de panneaux à pleine capacité. La construction des bâtiments est annoncée pour 2027, les premières productions pour 2028.

Le défi sera commercial autant qu’industriel. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine concentre environ 85 % des capacités mondiales de fabrication dans la chaîne photovoltaïque. Une usine européenne devra rivaliser sur les coûts, la qualité et les délais, tout en trouvant suffisamment de clients pour faire tourner ses lignes.

Décarboner aussi ce que les usines consomment

Trois autres grands lauréats concernent les carburants. H4 Marseille Fos vise jusqu’à 75 000 tonnes annuelles de carburant de synthèse pour l’aviation, à partir notamment d’hydrogène bas carbone et de CO₂ capté. L’Ardoise, dans le Gard, associerait kérosène de synthèse et méthanol destiné au transport maritime. BELair, près de Caen, combinerait biomasse et hydrogène pour produire des carburants durables.

Ces projets disposent d’un début de marché réglementaire : à partir de 2030, les fournisseurs de carburant d’aviation européens devront incorporer au moins 1,2 % de carburants synthétiques. Reste à produire ces volumes à un coût acceptable, avec suffisamment d’électricité et de CO₂ approprié.

Les projets plus modestes révèlent une autre possibilité, parfois moins visible : utiliser l’électricité pour remplacer directement du gaz dans les usines.

STEAMBOX, porté par Smurfit Westrock à Vernon, veut stocker de la chaleur à haute température pour fabriquer du carton ondulé. TISSUE, porté par Epyr, emploierait un cœur en céramique chauffé électriquement pour fournir de la vapeur à une papeterie, avec l’ambition de couvrir jusqu’à 65 % de ses besoins thermiques.

Le principe est séduisant : produire de la chaleur lorsque l’électricité est disponible à bon prix, la conserver, puis l’utiliser lorsque l’usine en a besoin. Cette flexibilité pourrait rendre l’électrification plus économique tout en réduisant la consommation de combustibles fossiles.

Le stockage peut aussi servir directement au réseau. Dans les Landes, BESS-4-C, porté par EDF Renouvelables, prévoit une batterie capable d’absorber des surplus de production solaire lorsqu’ils encombrent localement le réseau, puis de restituer cette énergie à d’autres moments.

La sélection comprend encore des expérimentations plus singulières, notamment NetZeroHeat, qui envisage l’utilisation d’un petit réacteur nucléaire modulaire pour fournir de la chaleur. Les technologies et les calendriers diffèrent considérablement : certaines installations prolongent des solutions déjà éprouvées, d’autres doivent encore démontrer leur fonctionnement à l’échelle industrielle.

Après les subventions, les décisions d’investissement

La Commission prévoit d’annoncer les résultats de la préparation des conventions au premier trimestre 2027. Pour plusieurs lauréats, le véritable engagement viendra ensuite : réunir les financements privés, obtenir les autorisations, sécuriser les commandes et construire les installations.

L’argent européen peut contribuer à rendre ces paris industriels possibles. Les acheteurs devront encore accepter leurs prix, les industriels atteindre les performances promises et les infrastructures suivre.

À Fos-sur-Mer, GravitHy a déjà choisi l’entreprise chargée de construire sa sous-station électrique. Avant qu’un premier kilogramme de fer bas carbone sorte de son usine, il faudra disposer d’un raccordement électrique d’une puissance de 1,15 gigawatt. C’est aussi à cette échelle, celle des câbles, des machines et des tonnes effectivement produites, que se jouera la réussite des seize projets français.

Sources consultées
  1. Ministère de la Transition écologiqueFonds européen pour l’innovation : la France arrive en tête des pays européens avec 16 projets lauréats
  2. Commission européenneInnovation Fund projects
  3. GravitHyGravitHy awards CAP INGELEC EPC contract for Fos-sur-Mer electrical substation
  4. RTEProgramme d’électrification Fos Berre Provence 2030
  5. ErametEramet: solid operational momentum in Q3 and progress on the funding plan
  6. Agence internationale de l’énergieEnergy Technology Perspectives 2026, Supply chain risks and industrial competitiveness