
À Paris, Clamart, Saint-Denis, Créteil et au Kremlin-Bicêtre, les visites du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) ont révélé ce qui arrive lorsqu’aucune place en psychiatrie n’est trouvée : des patients restent parfois bloqués aux urgences après leur évaluation. Dans sa réponse du 15 septembre, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, détaille les dispositifs déjà engagés en Île-de-France. Un SAS Psy est déployé ou en cours de déploiement dans sept des huit départements franciliens. Les constats du CGLPL avaient été détaillés dans notre précédent article sur les urgences psychiatriques.
Les mesures citées concernent surtout les soins en amont et les relais après la crise. Trente-deux millions d’euros ont été mobilisés en cinq ans pour les soins de crise, les urgences et les alternatives à l’hospitalisation complète en pédopsychiatrie. Quatorze maisons des adolescents et neuf antennes bénéficient d’un financement de 11 millions d’euros par an. La ministre cite aussi le développement d’équipes mobiles et de solutions de post-urgence. À Paris, le centre d’appui à l’enfance Asterya, installé dans l’ancienne école Netter (12e) et rattaché à l’hôpital Necker, a accueilli ses premiers patients le 10 novembre 2025. Il suit des enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance (ASE).
Ces relais peuvent éviter certains passages aux urgences et faciliter l’orientation. Ils ne remplacent pas une hospitalisation lorsqu’elle est nécessaire. La ministre reconnaît que l’Île-de-France reste moins dotée que la moyenne nationale en capacités d’hospitalisation psychiatrique. Elle défend néanmoins le bilan de la cellule régionale de recherche de lits : selon elle, le nombre de places trouvées hors secteur a progressé depuis 2023 et les délais se sont relativement stabilisés malgré l’augmentation des demandes.
Elle estime aussi que les indicateurs franciliens sont globalement plus favorables que les indicateurs nationaux pour le recours aux urgences psychiatriques et les délais de prise en charge. Elle ne fournit toutefois ni les chiffres ni la période de référence qui permettraient de vérifier cette comparaison. Le CGLPL relève, pour sa part, une hausse de 31,8 % du nombre de patients concernés par une attente prolongée entre les premiers semestres 2025 et 2026.
Pour la suite, la ministre propose de réduire les inégalités territoriales de financement, de renforcer l’offre hospitalière et ambulatoire et de mieux accompagner les médecins généralistes. Elle évoque également la prévention précoce et l’attractivité des métiers psychiatriques. Mais aucun nombre de lits supplémentaires, objectif de réduction des délais ou calendrier de mise en œuvre n’accompagne ces orientations.
Sur les droits des patients, la ministre ne se prononce pas sur une évolution législative des mesures coercitives aux urgences ni sur la création d’un statut juridique spécifique pour les mineurs hospitalisés en psychiatrie. Elle annonce toutefois des travaux pour examiner un possible renforcement de leurs garanties. Elle rappelle aussi son objectif de « zéro contention » à l’horizon 2030 et le développement d’alternatives à l’isolement et à la contention. Le CGLPL ne publie, sur cette saisine, que les observations de la ministre de la Santé, alors que les ministres de l’Intérieur et de la Justice avaient également reçu les recommandations.
Pour les patients de Cochin, d’Antoine-Béclère, de Delafontaine, d’Henri-Mondor ou de Bicêtre, l’effet de ces mesures se jugera d’abord au temps passé aux urgences avant qu’une place en psychiatrie soit trouvée.
Sources consultées
- Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL)Recommandations en urgence relatives à l’accueil, l’attente et l’orientation des patients à présentation psychiatrique dans les services d’accueil des urgences des hôpitaux de Paris et de la petite couronne
- Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapéesObservations de la ministre de la Santé sur les recommandations en urgence relatives aux urgences psychiatriques de Paris et de la petite couronne, 15 septembre 2026
- AP-HPAsterya, un centre de soins pour les enfants confiés à l’ASE