
À Paris, Clamart, Saint-Denis, Créteil ou au Kremlin-Bicêtre, un patient arrivé aux urgences peut avoir besoin d’être hospitalisé en psychiatrie sans qu’aucun lit ne soit disponible. Après avoir contrôlé treize services du 6 au 10 juillet, le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) a déclenché sa procédure d’urgence. Son constat dépasse les difficultés d’un hôpital : l’outil francilien créé pour débloquer ces situations est lui-même débordé.
Depuis 2022, l’Agence régionale de santé dispose d’une cellule régionale d’appui à la recherche de lits psychiatriques. Elle intervient lorsqu’un patient de plus de 16 ans reste sans solution pendant douze heures. La recherche peut alors s’étendre à toute l’Île-de-France, avec l’objectif d’organiser son transfert. Mais les disponibilités transmises par les établissements sont déclaratives et ne donnent pas une visibilité en temps réel sur les lits réellement accessibles. La cellule peut chercher plus loin et répartir la pression. Elle ne peut pas créer la place qui manque.
Les chiffres montrent que cette recherche devient plus difficile. Au premier semestre 2026, 3 957 patients en attente prolongée ont été signalés à la cellule, contre 3 002 un an plus tôt, soit une hausse de 31,8 %. Pour les dossiers qu’elle suit, le délai moyen entre l’appel de l’hôpital et le départ du patient est passé de 29 h 27 au premier trimestre 2025 à 39 h 27 au deuxième trimestre 2026. Au Centre psychiatrique d’orientation et d’accueil de Sainte-Anne, 42 % des patients ont attendu plus de 24 heures au premier semestre, et 20 % plus de 48 heures.
D’autres obstacles prolongent encore l’attente. Le CGLPL relève des postes médicaux et infirmiers vacants, des recherches encore plus longues lorsqu’une chambre d’isolement est nécessaire, ainsi que des retards ou refus de transport vers l’établissement trouvé. À l’autre bout de la chaîne, l’insuffisance des solutions de sortie contribue également à immobiliser des capacités. Les urgences deviennent alors un lieu d’attente prolongée pour des patients qu’elles ne sont ni conçues ni équipées pour héberger plusieurs jours.
L’attente finit aussi par toucher aux droits et à la dignité des patients. Le CGLPL décrit des personnes sur des brancards dans les couloirs, une attente atteignant neuf jours dans un cas et des patients retenus plusieurs jours avant que leur admission en soins sans consentement soit juridiquement formalisée. Il constate aussi des pratiques d’isolement ou de contention imposées dans les urgences avant l’admission psychiatrique, y compris à des patients encore juridiquement libres. Pour les 16-18 ans, le manque de capacités adaptées conduit en outre à des orientations majoritaires vers des unités pour adultes.
Le recul des capacités est plus ancien. Un rapport parlementaire publié en 2024 recensait 8 816 places d’hospitalisation psychiatrique à temps complet fermées dans les établissements publics entre 2008 et 2022, les fermetures récentes étant davantage liées au manque de soignants. En amont, l’AP-HP cherche à éviter certains passages aux urgences grâce à des antennes psychiatriques adossées aux SAMU de Paris, des Hauts-de-Seine et du Val-de-Marne : elle indique qu’une solution alternative est proposée pour environ deux tiers des appels concernés. Cette régulation peut éviter certains passages aux urgences. Elle ne règle pas le cas du patient pour lequel l’hospitalisation est nécessaire et le lit absent.
Les ministres de la santé, de l’intérieur et de la justice ont quatre semaines pour répondre aux recommandations publiées le 10 septembre. En attendant, la cellule francilienne continue de chercher, établissement après établissement, la place qui permettra au patient de quitter enfin les urgences de Paris ou de petite couronne.
Sources consultées
- Contrôleur général des lieux de privation de libertéRecommandations en urgence relatives à l’accueil, l’attente et l’orientation des patients à présentation psychiatrique dans les services d’accueil des urgences des hôpitaux de Paris et de la petite couronne
- Assemblée nationaleRapport d’information sur la prise en charge des urgences psychiatriques
- Assistance publique - Hôpitaux de ParisLa psychiatrie à l’AP-HP