Article

Attentat de Trappes : le suspect était convoqué à Levallois à 9 h 30, les tirs ont commencé vers 10 heures

Interpellé trois jours avant l'attentat, Kévin T. n'avait pas été interrogé sur le fond à Levallois. Sa convocation était fixée au matin des tirs.

Illustration d'un commissariat en Île-de-France

Le vendredi 23 octobre, à 9 h 30, Kévin T. était convoqué au commissariat de Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine, pour une affaire de violences. Vers 10 heures, des tirs commençaient à Trappes, dans les Yvelines. L’attaque a coûté la vie à Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et blessé sept personnes à Trappes et La Verrière. Le parquet de Nanterre a révélé jeudi 29 octobre que le suspect avait été interpellé trois jours auparavant, puis laissé libre avec cette convocation.

Kévin T., 39 ans, a été mis en examen le 29 octobre pour assassinat et tentatives d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec circonstance aggravante raciste. Il a été placé en détention provisoire. Selon le bilan présenté le même jour par le Parquet national antiterroriste (PNAT), trois blessés étaient encore hospitalisés, dont un avec un pronostic vital engagé.

Après les premières révélations sur l’attaque et ses conséquences, la chronologie de Levallois soulève une question précise : que savaient les policiers avant le 23 octobre, et quelles décisions avaient-ils prises ?

Une agression dans une station-service, trois jours auparavant

Mardi 20 octobre, à 11 h 20, des policiers municipaux interviennent dans une station-service de Levallois-Perret après un différend entre automobilistes. Ils interpellent Kévin T. et retrouvent une bombe lacrymogène qu’il affirme avoir utilisée pour se protéger.

L’autre automobiliste présente notamment un hématome à la mâchoire et des contusions aux côtes, constatés à l’hôpital. Selon la plainte qu’il dépose le soir même, il avait simplement demandé au conducteur de déplacer sa voiture pour accéder à une pompe. Il aurait alors reçu du gaz lacrymogène au visage, puis des coups alors qu’il se trouvait au sol. Il rapporte également une menace de mort.

Le 30 octobre, cet homme a témoigné anonymement auprès de TF1. Il affirme avoir été menotté en premier lors de l’intervention et raconte avoir eu plusieurs dents cassées. Il rapporte également ces mots de son agresseur présumé : « On va s’en débarrasser de vous, on en a marre de vous. » Leur présence dans sa plainte initiale n’est pas établie. Il explique n’avoir découvert que ce vendredi-là le lien entre son agression et l’attentat des Yvelines.

Que s’est-il passé au commissariat le 20 octobre ? Selon le parquet de Nanterre, Kévin T. y a été entendu à 11 h 52 sous le régime de l’audition libre, sur son identité et pour recevoir une convocation à une nouvelle audition le 23 octobre, à 9 h 30.

Ses avocats, Baptiste Bellet et Eliott Amzallag, ont confirmé à TF1 qu’il n’avait pas été interrogé sur le fond de cette première affaire, ce qu’ils regrettent.

Après le dépôt de plainte, les enquêteurs ont demandé, le 22 octobre, les images de vidéosurveillance de la station-service. Celles-ci n’étaient pas disponibles avant le 27 octobre, selon le parquet. Les investigations étaient donc encore en cours lorsque l’attentat a été commis.

Pourquoi le suspect était-il ressorti libre ?

Une interpellation ne conduit pas nécessairement à une garde à vue. La police peut entendre librement une personne soupçonnée d’une infraction, en respectant notamment son droit de quitter les locaux, prévu par l’article 61-1 du Code de procédure pénale.

La garde à vue répond à des conditions plus strictes : outre des raisons plausibles de soupçonner un crime ou un délit puni d’emprisonnement, elle doit être nécessaire à l’enquête, par exemple pour empêcher des pressions sur la victime, préserver des preuves ou réaliser des investigations nécessitant la présence du suspect.

Le différend de Levallois, l’utilisation présumée d’une bombe lacrymogène et les blessures constatées justifiaient une enquête pour violences. Pour savoir si une garde à vue aurait été justifiée, il faudrait toutefois connaître les éléments dont disposaient les enquêteurs au moment de l’interpellation.

La plainte détaillée, notamment la menace de mort alléguée, n’a été enregistrée que dans la soirée du 20 octobre, plusieurs heures après la première audition.

Reste la transmission des informations à la justice.

Dans son communiqué du 29 octobre, le parquet de Nanterre précise que la procédure de Levallois a été portée à sa connaissance ce jour-là, neuf jours après les premiers faits.

L’article 19 du Code de procédure pénale impose aux officiers de police judiciaire d’informer sans délai le procureur des infractions dont ils ont connaissance. Il prévoit également la transmission des procès-verbaux à la clôture de leurs opérations.

Ces obligations sont distinctes. Les déclarations rendues publiques ne permettent pas de reconstituer précisément les éventuels échanges antérieurs avec le parquet ni d’établir si une obligation a été méconnue.

Une attaque déjà préparée avant l’altercation

La préparation de l’attentat avait commencé bien avant l’altercation de Levallois.

Le 29 octobre, le procureur national antiterroriste Olivier Christen a décrit une préparation commencée dès septembre. Kévin T. avait notamment acquis des équipements destinés à renforcer l’efficacité de son arme. Le 21 octobre, au lendemain de son interpellation à Levallois, il avait supprimé ses comptes de réseaux sociaux, revendu son ordinateur et dissimulé son téléphone.

Lors de ses auditions après l’attentat, il a reconnu avoir prémédité l’attaque et ciblé des personnes qu’il identifiait comme musulmanes, africaines ou nord-africaines, selon le PNAT. Il conteste néanmoins l’intention terroriste qui lui est reprochée.

Mais les enquêteurs de Levallois avaient-ils accès, avant le 23 octobre, à des indices permettant de soupçonner un projet criminel d’une tout autre ampleur ? Aucun élément public ne permet de l’affirmer.

L’affaire soulève ainsi deux questions différentes : celle des moyens légalement disponibles pour traiter les violences signalées à Levallois, et celle de la possibilité de détecter la préparation de l’attentat. La réponse à la première ne détermine pas automatiquement la seconde.

Dès le 24 octobre, avant les révélations sur Levallois, la famille de Pengo Bossio Wangi s’interrogeait déjà, par la voix de son avocat Me Yassine Bouzrou, sur une éventuelle responsabilité de l’État et demandait des précisions sur le suivi du suspect.

Le parquet a confirmé qu’une nouvelle audition était programmée au commissariat de Levallois le 23 octobre à 9 h 30. Il n’a pas précisé si Kévin T. s’y était présenté, ni ce qu’il était advenu de ce rendez-vous.

Sources consultées
  1. Actu17Attentat à Trappes : Interpellé pour des violences trois jours avant, le suspect était convoqué par la police le matin de l'attaque
  2. TF1 Info« J'avais tellement peur » : le témoignage de l'homme tabassé par Kévin Tessier trois jours avant l'attentat de Trappes
  3. RTL« Grande préparation » de l'attentat de Trappes, un blessé encore entre la vie et la mort
  4. LégifranceCode de procédure pénale, articles 61-1 et 62-2
  5. LégifranceCode de procédure pénale, article 19, version en vigueur au 20 octobre 2026
  6. Actu17Attentat à Trappes : La famille de Pengo Bossio Wangi, tué dans l'attaque, s'interroge sur une éventuelle responsabilité de l'État