
En Île-de-France, l’écart ne passe pas seulement entre ceux qui aiment leur travail et ceux qui le subissent. Il tient aussi à la marge de manœuvre dont chacun dispose : un revenu qui couvre les besoins, de l’autonomie, la possibilité de télétravailler, un trajet supportable. Une étude publiée le 30 septembre par L’Institut Paris Region fait apparaître sept profils d’actifs qui combinent très différemment ces ressources et ces contraintes.
Le portrait repose sur 1 986 actifs, en emploi ou ayant déjà travaillé, issus du Baromètre des Franciliens. Les réponses ont été recueillies entre le 18 juin et le 18 juillet 2025 auprès d’un échantillon total de 3 002 habitants de 18 à 75 ans. La publication est nouvelle, mais elle décrit le travail tel qu’il était vécu à l’été 2025.
Environ un quart des actifs appartient au groupe des « équilibrés accomplis ». Chez eux, 95 % estiment que leur travail répond à leurs attentes et 82 % disent maîtriser la manière de le réaliser. Les cadres y sont nombreux et 56 % déclarent des revenus suffisants pour couvrir leurs besoins, contre 41 % de l’ensemble des actifs. À l’autre bout du spectre, les « contraints du quotidien », 18 %, travaillent d’abord pour assurer leurs revenus : 44 % placent le fait de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille au premier plan.
La pression ne frappe pourtant pas seulement les emplois les moins favorisés. Les « surengagés sous pression », 17 % des actifs, comptent davantage de cadres et de diplômés du supérieur. Près de 80 % disent avoir trop de travail, environ trois quarts accomplir des tâches qu’ils désapprouvent et plus de 70 % travailler avec la crainte de perdre leur emploi. Dans ce groupe, l’engagement professionnel élevé n’apporte donc pas nécessairement la maîtrise du quotidien.
Le télétravail apporte une autre pièce au tableau. En 2025, 46 % des actifs franciliens le pratiquent régulièrement. Les télétravailleurs déclarent plus souvent pouvoir accomplir un travail de qualité, 86 % contre 78 %, et maîtriser la façon de le réaliser, 80 % contre 68 %. L’étude indique que l’association demeure lorsque la catégorie socioprofessionnelle est prise en compte. Elle relève aussi une tension : à caractéristiques comparables, les télétravailleurs sont davantage susceptibles de placer le travail au-dessus des autres dimensions de leur vie.
Les temps de trajet distinguent également les expériences franciliennes. 12 % des actifs dépassent 1 h 30 de trajet domicile-travail quotidien, une situation plus fréquente en grande couronne. Et 18 % accepteraient de gagner moins pour travailler plus près de chez eux, une option davantage choisie par les habitants de grande couronne, les ouvriers, les employés et les ménages avec enfants. Les derniers chiffres de l’emploi et du chômage franciliens décrivent l’état du marché ; cette enquête montre ce que la distance, l’autonomie et le revenu changent à l’intérieur d’un emploi.
L’attachement au marché du travail francilien reste pourtant fort. Trois quarts des répondants considèrent que travailler dans la région facilite l’accès à un salaire élevé, et 49 % disent y travailler notamment pour rester près de leur famille, de leur conjoint ou de leurs amis. Dans l’hypothèse d’un télétravail intégral, 38 % quitteraient néanmoins l’Île-de-France, contre 43 % qui y resteraient. Pour une partie des Franciliens, changer de cadre de vie devient imaginable avant de renoncer à un emploi dans la région.