
La Seine a atteint 28,2 °C à Bougival le 29 juin. Elle était encore à 27 °C le 17 juillet, avant de redescendre à 25,3 °C le 31 juillet. La barre des 30 °C n’a pas été franchie, mais cette chaleur durable réduit la marge écologique dont dépend le fonctionnement de l’assainissement francilien.
Bougival n’est qu’un point du réseau. L’observatoire MeSeine compte neuf stations réparties du Val-de-Marne aux Yvelines, en passant par Paris et les Hauts-de-Seine. Elles suivent en continu la température, l’oxygène dissous et d’autres paramètres de la Seine et de la Marne.
Ce réseau relie des territoires qui partagent la même eau. Depuis Saint-Maurice et Alfortville, elle traverse Paris, longe les Hauts-de-Seine, puis gagne Bougival, Andrésy et Méricourt dans les Yvelines. Elle reçoit aussi les eaux traitées par le SIAAP, qui dessert plus de neuf millions de Franciliens.
Plus l’eau se réchauffe, moins elle peut retenir d’oxygène dissous. Lorsque le débit baisse, les rejets y sont également moins dilués. Un orage ajoute une difficulté : une partie des réseaux franciliens collecte dans les mêmes canalisations les eaux usées et les eaux de pluie. En cas de saturation, des eaux chargées en matières organiques peuvent rejoindre le fleuve. Les bactéries qui les dégradent consomment alors l’oxygène dont les poissons ont besoin.
C’est ce cumul qui inquiète davantage que la température prise isolément. Le 31 juillet, le débit mesuré à Paris-Austerlitz n’était plus que de 64 m³/s. Le niveau d’oxygène atteignait toutefois 9,2 mg/l dans le relevé publié par le SIAAP, sans signaler de déficit à cette date. Mais avec moins d’eau et davantage de chaleur, la Seine dispose de moins de capacité pour diluer un rejet ponctuel après un orage.
Le service public de l’assainissement ne s’arrête donc pas à la sortie des usines d’épuration. Il doit aussi connaître l’état du fleuve qui reçoit les eaux traitées, limiter les déversements lorsque les réseaux sont sous pression et détecter rapidement une chute de l’oxygène. Dans cinq zones sensibles, le SIAAP a installé des « îlots de survie » capables d’en injecter dans l’eau afin de créer temporairement des refuges pour les poissons.
Ces équipements ne refroidissent pas la Seine. Ils offrent un refuge temporaire lorsque l’oxygène baisse. Ils montrent aussi jusqu’où s’étend désormais l’assainissement : des égouts et des usines jusqu’à la respiration du fleuve.
La région demande déjà aux collectivités d’intégrer un climat plus chaud dans leurs plans locaux. Les relevés de Bougival donnent à cette adaptation une mesure immédiate. De Saint-Maurice à Méricourt, les sondes indiquent le moment où la Seine n’a plus beaucoup d’air à perdre.