Dans les Hauts-de-Seine, le nettoyage de la Seine se joue aussi par bateau. Le Département a remis en marché au printemps son service récurrent de ramassage des déchets sur le fleuve et ses berges, avec un contrat prévu pour 24 mois à compter du 1er juillet 2026, reconductible une fois.
L’avis ne publie ni montant ni titulaire. Il fixe en revanche le périmètre du service: les 17 communes riveraines du département, les déchets flottants sur la Seine, ceux qui s’accumulent sur les berges, et ceux retenus au droit des exutoires du réseau d’assainissement par des barrages flottants.
Ce n’est pas seulement une affaire de propreté visible. Dans les Hauts-de-Seine, la Seine n’est plus seulement un décor que l’on longe en voiture ou que l’on aperçoit depuis un pont. Le Département aménage des promenades, renature certains secteurs, ouvre des continuités piétonnes. Plus les berges deviennent des lieux publics, plus leur entretien devient une infrastructure en soi.
Le futur titulaire devra trier, transporter puis traiter les déchets dans les filières adaptées. Le marché prévoit aussi des interventions après les décrues, pour rendre rapidement accessibles les promenades, l’évacuation d’arbres tombés dans le fleuve, l’appui aux communes et associations lorsque l’accès par la terre est impossible, et des interventions exceptionnelles en cas de pollution accidentelle sur les rivières franciliennes.
Cette logistique accompagne directement l’ouverture des berges au public. Pour qu’un quai soit praticable après une crue ou un orage, il faut des moyens fluviaux, des personnels habilités, une capacité d’intervention régulière et une organisation capable d’éviter que plastiques, bois, épaves et déchets ne s’échouent d’une berge à l’autre.
Le Département rappelle qu’il mène cette mission depuis 1980. Elle concerne 66 km de berges, en rive droite et en rive gauche, et les quatre îles altoséquanaises de Saint-Germain, Seguin, Puteaux et la Jatte. Chaque année, selon la collectivité, plusieurs centaines de tonnes de déchets sont ramassées, triées et valorisées. Dans l’agglomération parisienne, le SIAAP donne l’échelle du problème: ses 27 barrages flottants sur la Seine et la Marne récupèrent environ 1 500 tonnes de déchets flottants par an, particulièrement nombreux après les pluies et les épisodes orageux.
La décision raconte donc une Seine très organisée. Pour que le fleuve soit praticable, visible, parfois célébré, il faut aussi gérer ce que la ville y laisse tomber, ce que les réseaux rejettent, ce que les crues déplacent et ce que les berges retiennent. L’entretien n’est pas l’envers ingrat des grands projets: il en est la condition.
C’est d’autant plus vrai dans un département qui continue de rendre la Seine aux habitants, avec des opérations à Asnières, Courbevoie, Suresnes, Puteaux ou Boulogne-Billancourt. Après la promenade prévue à Courbevoie, ce marché rappelle l’autre face de la même politique: une berge ouverte devient un espace public à maintenir, pas seulement un ruban paysager à inaugurer.
Le marché ne promet pas une Seine sans déchets. Il formalise plutôt une réalité moins visible: dans un territoire dense, équipé, traversé par les réseaux et exposé aux crues, la qualité d’un bord de fleuve dépend aussi d’un bateau nettoyeur qui passe au bon moment, quelque part entre deux ponts des Hauts-de-Seine.