Entre le pont de Courbevoie et le parc de Bécon, la Seine doit devenir plus accessible à pied. Le Département des Hauts-de-Seine annonce le lancement, en septembre 2026, d’une promenade d’environ 600 mètres, attendue d’ici 2030.
Le programme visible se résume vite : un cheminement piéton élargi à 2,65 mètres, une bande végétalisée, des assises, des points de vue, quelques espaces de pratique sportive, puis une placette-belvédère dans l’axe du parc de Bécon. Le coût replace aussitôt le sujet ailleurs : 14,2 millions d’euros, dont 11,1 millions à la charge du Département et 3,1 millions pour la Ville de Courbevoie.
Cette somme paie d’abord ce qui se verra peu. La rive concernée est un morceau dur du quai du Maréchal-Joffre, coincé sous la RD7, face aux berges plus végétalisées de l’île de la Jatte. Le Département décrit un linéaire aujourd’hui contraint, à rendre plus vert, plus accessible aux personnes à mobilité réduite et plus sûr, avec la réhabilitation du perré existant, ce mur de pierre qui tient la berge sous la route.
Pour élargir la promenade, il faut donc fabriquer de la place sur un bord de fleuve qui n’en offre pas beaucoup. L’autorisation environnementale prévoit une promenade en encorbellement, des surlargeurs appelées « points de respiration », des salons et un jardin flottant dans l’axe Seine-parc de Bécon. Pour tenir l’ensemble, le dossier mentionne 14 micropieux, 280 pieux le long du quai et huit ducs-d’albe dans le lit de la Seine, destinés à maintenir les salons suspendus.
L’écart entre l’apparence du projet et son prix se lit dans les marchés. Dans l’avis d’attribution publié au BOAMP, les contrats de travaux totalisent 11,86 millions d’euros. Le lot de génie civil et de génie fluvial représente à lui seul 9,46 millions d’euros, loin devant la voirie, les espaces verts, le mobilier, la serrurerie et l’éclairage. La promenade sera accueillante si le chantier aboutit, mais sa difficulté principale est structurelle : stabiliser, élargir, protéger, sans faire comme si le fleuve était un simple décor.
La Seine impose aussi ses règles. Le projet a fait l’objet d’une enquête publique au printemps 2023, puis d’une autorisation préfectorale au titre de la loi sur l’eau. Le site est en zone inondable. Le linéaire est susceptible d’abriter des frayères de poissons, et l’arrêté préfectoral encadre les travaux au regard des crues, du milieu aquatique et de l’écoulement de l’eau.
À Courbevoie, cette future promenade prolonge une politique départementale plus ancienne : la Promenade bleue, portée depuis le schéma des berges de Seine approuvé en 2006 et actualisé en 2022. Le Département a déjà aménagé plusieurs sections dans les Hauts-de-Seine, dont l’ancien port de Courbevoie transformé en espace public piéton et végétalisé.
Le chantier de Bécon montre la part laborieuse de cette reconquête. Donner accès au fleuve, dans une ville dense, revient souvent à reprendre une infrastructure de bord d’eau, passer sous une route, composer avec les crues et construire une continuité morceau par morceau. Si le calendrier tient, la sortie du parc de Bécon ne débouchera plus seulement sur un quai contraint : elle ouvrira sur une promenade tenue par la berge, les pieux et la Seine.
Sources consultées
- Conseil départemental des Hauts-de-SeineUne nouvelle promenade entre les parcs des Berges de Seine et de Bécon d’ici 2030
- Préfecture des Hauts-de-Seine / DRIEAT Île-de-FranceArrêté préfectoral DCPPAT n° 2023-129 du 31 août 2023 portant autorisation environnementale
- BOAMPAvis d’attribution de marché n° 26-34871, travaux d’aménagement des berges de Seine en aval du pont de Courbevoie
- Conseil départemental des Hauts-de-SeineLes berges de la Seine