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Francazal : le pari des avions hybrides et son coût écologique annoncé

À Cugnaux, le futur campus aéronautique de Francazal promet des technologies moins polluantes. L'étude d'impact chiffre les pertes écologiques et les difficultés de circulation.

Illustration - Ancienne base aérienne de Francazal

À Cugnaux, un avion régional hybride de 19 places pourrait un jour sortir des ateliers installés près de la piste de Francazal. Pour accueillir cette nouvelle industrie, Toulouse Métropole prépare la reconversion de 38 hectares de l’ancienne base militaire. Mais le dossier environnemental soumis à consultation depuis le 2 novembre révèle deux calendriers bien différents : les habitats naturels disparaîtraient dès les travaux, tandis que les gains climatiques dépendront de technologies encore en développement et de leur adoption par les compagnies aériennes.

Une ancienne base plutôt que de nouvelles terres agricoles

Francazal offre un terrain rare dans l’agglomération toulousaine : des bâtiments et des voies d’accès hérités de l’armée, une piste aérienne immédiatement accessible et des entreprises aéronautiques déjà présentes à proximité.

Le programme prévoit environ 88 000 m² de locaux industriels, bureaux et ateliers. Oppidea dispose d’un mandat de 33 millions d’euros pour les démolitions et l’aménagement des espaces publics, distinct des investissements privés.

AURA Aero y prépare une usine destinée notamment à fabriquer son avion régional hybride ERA. Le Technocampus Hydrogène, porté par la Région Occitanie et déjà en construction, doit accueillir chercheurs, industriels et étudiants autour d’équipements d’essais. Sur le domaine aéroportuaire voisin, TARMAC Aerosave prévoit un site de maintenance et de recyclage d’avions.

Installer ces activités sur l’ancienne base permet de réutiliser du foncier déjà occupé. Toulouse Métropole a étudié d’autres implantations, notamment Lasbordes et l’Oncopole, mais celles-ci présentaient d’autres contraintes foncières, aéronautiques ou écologiques. Le projet prévoit également de conserver certains bâtiments militaires.

Le terrain n’est pourtant pas devenu écologiquement neutre depuis le départ de l’armée.

Une base militaire devenue un refuge pour les oiseaux

Sur les anciennes zones de stockage et de manœuvre, des prairies et des fourrés se sont développés. Ces milieux accueillent notamment la cisticole des joncs, le tarier pâtre et la linotte mélodieuse. Ils fournissent aussi des terrains de chasse à l’aigle botté et à d’autres rapaces.

L’étude d’impact prévoit la destruction de 9,7 hectares d’habitats utilisés pour la reproduction d’oiseaux des friches et la perte de 10,2 hectares de zones d’alimentation favorables à l’aigle botté. Ces surfaces se recoupent : elles désignent des fonctions différentes des mêmes milieux naturels.

Le dossier reconnaît que les espaces verts du futur campus ne permettront pas de maintenir sur place les oiseaux nicheurs concernés. Sur les quelque 28 hectares aménagés hors emprises d’AURA Aero et du Technocampus, le plan prévoit également environ 58 % de surfaces imperméabilisées.

Pour compenser les habitats perdus, Toulouse Métropole prévoit de restaurer ou gérer des milieux ouverts dans plusieurs communes. Le besoin est évalué à 26,7 hectares pour l’aigle botté. À Rebigue, au sud de Toulouse, la Métropole a notamment engagé une procédure d’acquisition d’environ 15 hectares de terres agricoles pour les rendre plus favorables à la faune.

Le programme comprend jusqu’à l’aménagement de garennes artificielles pour favoriser les lapins, dont se nourrissent les rapaces. Mais créer des habitats favorables ne garantit pas que les populations animales s’y installeront. Le dossier reconnaît lui-même cette incertitude.

La reconversion doit aussi traiter des pollutions militaires localisées, notamment des hydrocarbures et des métaux. Elle pourrait donc améliorer certains aspects du site tout en faisant disparaître des milieux qui s’y sont installés depuis l’abandon de certaines activités.

Des routes déjà saturées, même avec davantage de vélos

Les conséquences ne s’arrêtent pas aux limites de l’ancienne base.

Les études prévoient plusieurs milliers d’emplois supplémentaires sur l’ensemble du secteur à l’horizon 2035. La circulation augmenterait même sans les nouveaux aménagements, mais leur réalisation accentuerait fortement la pression sur les routes.

Dans le scénario de développement modélisé pour 2035, le trafic augmenterait de 37 % à l’heure de pointe du matin sur la route de Francazal. Le carrefour avec la route de Seysses, déjà proche de la saturation, ne pourrait pas absorber les nouveaux flux sans être réaménagé.

Ces projections intègrent pourtant une progression du vélo et des transports collectifs. Le campus doit disposer de parkings regroupés aux entrées et d’une voie centrale donnant davantage de place aux piétons et aux cyclistes. Mais la circulation interne ne résout pas l’accès au site depuis le reste de l’agglomération.

L’étude estime à environ 532 tonnes de CO₂ équivalent par an les émissions d’un scénario de déplacements des salariés en voiture. Ce calcul conventionnel suppose 1 975 véhicules diesel parcourant chacun dix kilomètres aller-retour par jour travaillé. Il ne représente ni les déplacements réels des futurs salariés ni le bilan carbone du campus.

Des projets séparés, un bilan difficile à réunir

Toulouse Métropole aménage la ZAC, AURA Aero construit son usine, la Région porte le Technocampus et TARMAC prépare son installation sur le domaine aéroportuaire. Chacun dispose de son calendrier et de ses propres procédures environnementales.

Leurs effets se cumulent pourtant sur les mêmes routes et les mêmes milieux naturels. Les différents dossiers comportent des analyses de ces effets cumulés, et leurs porteurs travaillent sur un programme commun de compensation écologique. Mais ils ne fournissent pas un bilan climatique consolidé de tout ce qui sera construit et exploité à Francazal.

Pour les bâtiments de la ZAC, l’étude estime à 5 734 MWh les besoins annuels de chauffage et de refroidissement, sans intégrer l’ensemble des consommations propres aux procédés industriels, encore mal connues. Plusieurs solutions ont été étudiées, dont des pompes à chaleur, la géothermie et la récupération de chaleur sur les eaux usées. Le système définitif n’est pas encore choisi.

Quant aux avions, leur intérêt climatique dépendra de leurs performances réelles, des émissions liées à leur fabrication et de leur capacité à remplacer des appareils plus polluants. En décembre 2025, l’Autorité environnementale avait demandé à AURA Aero de compléter ses calculs, notamment sur l’approvisionnement en composants et sur les hypothèses de remplacement des flottes.

Francazal peut contribuer à développer une industrie aéronautique moins émettrice. Ce bénéfice potentiel ne rend pas moins réelles les transformations locales déjà quantifiées. Il ne peut pas non plus servir de compensation aux pertes de biodiversité, qui doivent être traitées pour elles-mêmes.

La consultation environnementale ouverte jusqu’au 2 février 2027 permettra aux habitants de consulter le dossier et déposer leurs observations. Une première réunion publique est prévue le 10 novembre à 18 h 30, salle Albert-Camus, à Cugnaux.

Les futurs accès routiers, la réalisation des compensations et les choix énergétiques figurent parmi les décisions encore à préciser. À Francazal, leurs conséquences se feront sentir bien avant que le premier avion régional hybride ne sorte de l’usine.

Sources consultées
  1. Toulouse Métropole / ABO-GEO+Étude d'impact du projet d'aménagement global de Francazal, version V4 du 10 septembre 2026
  2. Toulouse Métropole / ÉcotoneDiagnostic écologique et dossier de demande de dérogation espèces protégées, mai 2026
  3. OppideaFrancazal, Cugnaux
  4. Autorité environnementale / IGEDDAvis délibéré n°2025-120 du 4 décembre 2025, Construction d'un site industriel pour l'aviation civile à Cugnaux
  5. Toulouse MétropoleConsultation sur le futur Campus des mobilités innovantes et énergies décarbonées, site de Francazal