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À Toulouse, le troisième incendie de Louis-Plana a laissé des jeunes sans toit

Six blessés et 136 personnes recensées après l'incendie du 6 octobre. Les risques étaient connus depuis mai, mais l'évacuation soulevait une autre question : où loger les occupants ?

Illustration - Immeuble de la rue Louis-Plana

Mardi 6 octobre, un incendie dans les caves de l’ancienne résidence Louis-Plana, à Toulouse, a fait six blessés. C’est le troisième feu qui touche l’immeuble depuis mai. Les fumées ont envahi les étages de ce bâtiment du quartier Soupetard. Certains occupants ont sauté par les fenêtres pour leur échapper ; sept autres ont été évacués à l’aide de deux échelles aériennes.

Le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) de Haute-Garonne a mobilisé 60 pompiers et recensé 136 personnes ayant quitté l’immeuble seules ou avec l’aide des secours. Les six blessés, en urgence relative, ont été transportés à l’hôpital. Il s’agit du dernier bilan officiel identifié au 10 octobre, relatif à l’intervention du 6.

Le lendemain du sinistre, La Dépêche du Midi rapportait qu’une centaine de jeunes étrangers, pour beaucoup engagés dans une procédure de reconnaissance de leur minorité, se retrouvaient sans hébergement. La mairie indiquait que l’accès au bâtiment était désormais interdit. Aucun bilan actualisé des solutions d’hébergement n’a pu être établi au 10 octobre.

Les précédents incendies avaient conduit les pompiers à alerter la municipalité dès mai. En juillet, la justice avait pourtant suspendu un arrêté d’évacuation immédiate. Les risques d’incendie étaient documentés, mais aucune solution d’hébergement n’avait été prévue pour les occupants.

Un feu de cave après deux alertes

L’immeuble du 159 rue Louis-Plana n’a pas toujours été un bâtiment occupé sans autorisation. Construit dans les années 1970 comme résidence étudiante, il avait encore servi de centre d’hébergement d’urgence pour 82 personnes en 2023-2024.

Depuis novembre 2024, une centaine de jeunes étrangers sans représentant légal en France y vivaient avec l’accompagnement d’associations. Certains étaient scolarisés dans des établissements toulousains ; d’autres suivaient des cours sur place. Un diagnostic réalisé en février 2025 y avait notamment recensé 32 douches individuelles.

Ce lieu de vie présentait aussi des risques d’incendie. Après deux feux, les 18 et 27 mai, le SDIS avait détaillé dans un courrier les difficultés auxquelles ses équipes risquaient d’être confrontées : accès principal unique, obstacles à l’approche des engins, végétation gênant le déploiement des échelles et circulations intérieures dégradées.

Les pompiers signalaient également des sous-sols non isolés, accessibles uniquement depuis l’intérieur. Le deuxième incendie de mai était déjà parti d’un sous-sol. Celui du 6 octobre a lui aussi débuté dans les caves.

L’origine de l’incendie d’octobre n’est pas connue et aucun lien entre ces feux n’est établi. Les constats de mai permettent toutefois de comprendre pourquoi la configuration du bâtiment préoccupait les secours : un incendie souterrain, accompagné d’une propagation importante de fumées vers les étages, pouvait rendre les cheminements d’évacuation dangereux.

Le 6 octobre, les échelles ont dû être utilisées pour secourir des occupants bloqués aux fenêtres.

La sécurité du bâtiment face à l’absence de relogement

Le 8 juillet, la mairie de Toulouse avait ordonné l’évacuation immédiate de la résidence. Les occupants avaient contesté cette décision et obtenu sa suspension le 23 juillet.

Cette décision de juillet avait laissé entier le conflit entre sécurité et hébergement.

L’ordonnance du tribunal administratif montre que les magistrats disposaient des avertissements du SDIS. Ils avaient également examiné les mesures prises entre-temps : dégagement d’accès, déplacement de la cuisine hors du sous-sol, retrait de bouteilles de gaz et installation d’extincteurs. Une sensibilisation au risque incendie avait été organisée en juin.

Au vu de ces éléments, le danger grave et imminent invoqué par la municipalité n’apparaissait pas suffisamment caractérisé pour justifier une évacuation immédiate. Les juges avaient aussi constaté que les occupants, dépourvus de ressources, n’avaient aucune perspective de relogement. Les disperser aurait interrompu leur accès aux sanitaires et à l’accompagnement scolaire, social et sanitaire.

La suspension de l’arrêté municipal devait expirer au terme du délai accordé par la cour d’appel dans une procédure distincte. Elle n’annulait pas l’expulsion ordonnée par ailleurs.

Après le nouvel incendie, Jean-Charles Piteau, adjoint au maire de Toulouse, a reproché aux collectifs ayant contesté l’arrêté et au tribunal d’avoir empêché l’évacuation. Mais le sinistre survenu en octobre ne suffit pas à démontrer que les conditions juridiques d’une évacuation immédiate étaient réunies en juillet.

Il met surtout en évidence ce qui manquait déjà à l’époque : une destination pour les personnes auxquelles il était demandé de partir.

Une évacuation devenue réelle, sans solution collective documentée

Le 7 octobre, La Dépêche du Midi a recueilli devant la résidence les témoignages de jeunes dont certains n’avaient pu récupérer leurs affaires qu’avec l’aide des pompiers et de la police municipale. L’un d’eux, scolarisé en seconde professionnelle à Toulouse, racontait son inquiétude de ne pas savoir où dormir avant de retourner en cours.

La perte du bâtiment touche ainsi davantage que le sommeil. Les jeunes y trouvaient des sanitaires, un lieu où conserver leurs affaires et un point de contact avec les associations qui les accompagnent. Ces fonctions étaient précisément celles dont les juges avaient souligné l’importance en juillet.

Après l’incendie, Utopia 56, Médecins du monde et Tous en classe 31 se sont mobilisées auprès des occupants.

La préfecture indiquait le 7 octobre que les personnes évacuées avaient été informées de la possibilité de solliciter le Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO), en vue d’une éventuelle mise à l’abri. Aucune demande n’avait alors été enregistrée par cette voie, selon les services de l’État. Cela ne permet pas de connaître les solutions effectivement trouvées par les occupants, avec ou sans l’aide des associations.

Le 115, numéro gratuit d’hébergement d’urgence, est accessible 24 heures sur 24. Il permet de demander une orientation, sans garantir qu’une place soit immédiatement disponible.

À Louis-Plana, les conséquences immédiates sont établies : six blessés, un immeuble évacué et des jeunes privés de leur hébergement dans les heures suivant le feu. Au 10 octobre, on ne sait toujours pas combien ont retrouvé un endroit où dormir.

Sources consultées
  1. SDIS de la Haute-GaronneFeu de cave à Toulouse
  2. Tribunal administratif de ToulouseOrdonnance du 23 juillet 2026, nos 2605812 et affaires jointes
  3. La Dépêche du Midi« Je ne sais pas où l'on va dormir » : six blessés et une centaine de jeunes étrangers à la rue
  4. Le Journal Toulousain« Nous n'en serions pas arrivés là » : après l'incendie d'un squat à Toulouse, la Mairie accuse les collectifs
  5. Service-PublicSamu social - 115