
Au Verdon-sur-Mer, la future ferme géante de saumons Pure Salmon est désormais contestée devant la justice. Le 6 octobre, 13 associations, quatre entreprises locales et 17 habitants ont annoncé deux recours contre ses autorisations. Au cœur du conflit, un paradoxe : l’usine promet de recycler plus de 99 % de l’eau de ses bassins, mais pourra en prélever jusqu’à 2,17 millions de m³ par an.
Les recours visent le permis de construire délivré le 15 juin et l’autorisation environnementale signée le 3 août. Les opposants dénoncent des études insuffisantes sur l’eau, les rejets et la biodiversité. La préfecture estime avoir imposé les garanties nécessaires.
Sur 14 hectares de terrain portuaire, l’entreprise Saumon du Médoc prévoit d’élever et de transformer 10 000 tonnes de saumons par an, soit moins de 5 % de la consommation française. L’investissement annoncé avoisine 280 millions d’euros, avec 250 emplois directs espérés. L’entreprise prévoit les premières ventes en 2030.
Une eau recyclée, mais des millions de mètres cubes à prélever
L’élevage fonctionnera en circuit fermé, sans cages en mer. L’eau des bassins sera filtrée, traitée puis réutilisée. Le procédé réduit fortement les besoins par rapport à un système ouvert, mais les renouvellements d’eau et les opérations de traitement exigent toujours des apports extérieurs.
Six forages doivent alimenter l’installation depuis la nappe saumâtre du Plio-Quaternaire, non potable à l’état brut. L’arrêté préfectoral fixe un plafond de 270 m³ par heure, 5 940 m³ par jour et 2,168 millions de m³ par an.
La difficulté concerne les interactions possibles avec la nappe plus profonde de l’Éocène, utilisée pour l’alimentation en eau potable en Gironde. Dans son avis de janvier 2026, le Conseil scientifique de l’estuaire reprenait les réserves du BRGM sur la connaissance de ces interactions. Il avait rendu un avis défavorable à l’unanimité.
S’ajoutent les rejets d’eaux traitées dans l’estuaire, autorisés jusqu’à 6 480 m³ par jour, sous des limites de concentration en polluants. Le Conseil scientifique soulignait les incertitudes liées à ces apports dans un milieu dont l’état écologique est déjà qualifié de médiocre à mauvais.
L’État a autorisé le projet, mais pas les pompages à plein régime
L’autorisation d’août apporte toutefois des réponses substantielles aux critiques initiales. La préfecture considère que les six réserves formulées par le Parc naturel marin ont été levées grâce aux compléments d’études et aux prescriptions imposées.
Surtout, les prélèvements ne pourront pas commencer immédiatement à plein débit.
L’arrêté impose douze mois de surveillance des nappes sans aucun pompage, afin de mesurer leurs fluctuations naturelles. La première année d’exploitation sera ensuite limitée à 3 000 m³ par jour. Le passage à 5 940 m³ nécessitera une évaluation des résultats par l’inspection de l’environnement. Les débits autorisés pourront être réduits si les observations révèlent un risque pour la nappe de l’Éocène.
Ces conditions changent la portée du désaccord. L’État accepte le projet avec des étapes destinées à vérifier ses effets réels. Les opposants considèrent que certaines incertitudes auraient dû être résolues avant de délivrer les autorisations, plutôt que pendant l’exploitation.
Deux recours, sans arrêt automatique du projet
C’est désormais la légalité de ces décisions que les requérants demandent aux juges d’examiner. Leur mobilisation réunit notamment BLOOM, la Ligue pour la protection des oiseaux, Greenpeace et plusieurs organisations locales. Les textes des recours ne sont pas disponibles publiquement à ce stade.
Les recours ne suspendent pas automatiquement les autorisations. Le calendrier effectif du chantier n’a pas été confirmé depuis leur annonce. Selon la LPO, une première audience pourrait avoir lieu au printemps 2027.
Sur place, la contestation se poursuit. Dimanche 18 octobre à 14 heures, les opposants se rassembleront à Port-Médoc pour marcher jusqu’à la plage de la Chambrette, au Verdon-sur-Mer.
Sources consultées
- Préfecture de la GirondeArrêté préfectoral d'autorisation environnementale du 3 août 2026, société Saumon du Médoc
- Conseil scientifique de l'estuaire de la GirondeAvis concernant le projet d'installation d'une ferme-usine aquacole Pure Salmon au Verdon-sur-Mer, 19 janvier 2026
- BLOOMUne large coalition saisit la justice contre le projet de ferme-usine de saumon PureSalmon
- Ligue pour la protection des oiseauxAu Verdon-sur-Mer, un front commun attaque en justice la ferme-usine Pure Salmon
- Pure Salmon TechnologyAquaculture farm project in Verdon-sur-Mer
- La TribuneAgroalimentaire : un collectif de 34 requérants attaque en justice le projet Pure Salmon en Gironde