
La préfète de la Gironde a signé le 3 août l’autorisation environnementale du projet Pure Salmon au Verdon-sur-Mer. Sur 14 hectares du terminal du Grand Port maritime de Bordeaux, l’entreprise veut élever, abattre et transformer jusqu’à 10 000 tonnes de saumons par an. Elle chiffre la construction du site à 281,4 millions d’euros et annonce plus de 250 emplois directs.
L’enquête publique portait également sur une demande de permis de construire, distincte de l’autorisation environnementale. Le communiqué préfectoral ne précise ni son statut actuel ni un calendrier actualisé des travaux.
L’intérêt du projet tient autant à son échelle qu’à son fonctionnement. Pure Salmon prévoit un système d’aquaculture en recirculation, dit RAS : l’eau des bassins est filtrée, réoxygénée et réutilisée. Mais ce « circuit fermé » exige un apport continu d’eau neuve pour contenir les nitrates produits par les poissons.
Six forages doivent puiser dans la nappe saumâtre du Plio-quaternaire, avec un débit maximal prévu de 270 m³ par heure, soit près de 6 500 m³ par jour. Après traitement, les eaux doivent être rejetées dans l’estuaire. La Mission régionale d’autorité environnementale jugeait en 2024 ce taux de réutilisation réel, mais limité, et demandait que des solutions moins gourmandes en eau soient étudiées.
À cette circulation d’eau s’ajoute une consommation électrique estimée à environ 100 GWh par an, pour une puissance installée proche de 25 MW. L’élevage est terrestre, mais il reste branché en permanence sur les nappes, le réseau électrique, les pompes, les filtres et l’estuaire.
La préfecture indique que l’arrêté prévoit une montée en puissance progressive, conditionnée aux suivis environnementaux et au respect des prescriptions imposées à l’exploitant. Le communiqué annonce notamment une surveillance des eaux souterraines et des rejets. Il ne publie toutefois ni le détail des paliers, ni les seuils à respecter, ni les conséquences précises d’un dépassement.
La MRAe estimait que le dossier transmis en 2024 ne permettait pas encore de conclure sur les effets possibles des pompages sur la nappe de l’Éocène, située sous la nappe exploitée et utilisée ailleurs pour l’alimentation en eau potable.
Le Conseil scientifique de l’Estuaire de la Gironde a, lui, rendu en janvier 2026 un avis défavorable unanime. Il qualifie le projet d’expérimental à cette capacité : les installations européennes de saumon en RAS d’eau de mer qu’il cite atteignent 4 000 tonnes par an au Danemark et 580 tonnes en Pologne. Il relève aussi des incertitudes sur les effluents, l’énergie, les risques naturels et le nombre d’emplois annoncé.
L’autorisation environnementale accepte donc le principe d’une installation sans retour d’expérience équivalent à cette échelle. La préfecture annonce une montée progressive et des suivis réguliers, sans rendre public le mécanisme précis qui reliera les mesures au niveau de production. Le pari industriel est compréhensible pour une emprise portuaire en quête d’activité. Sa crédibilité dépendra de la transparence des résultats et des réponses apportées si les nappes ou l’estuaire évoluent mal.
Au Verdon, le statut du permis de construire et le calendrier du chantier restent à clarifier. Les premiers relevés des nappes et de l’estuaire ne viendront qu’après la mise en service.
Sources consultées
- Préfecture de la GirondePure Salmon : la préfète de la Gironde autorise le projet dans un cadre environnemental strict
- Préfecture de la GirondeLe Verdon-sur-Mer – Autorisation environnementale et permis de construire Saumon du Médoc
- Mission régionale d’autorité environnementale de Nouvelle-AquitaineAvis sur un projet de construction d’un site piscicole et d’un atelier de transformation de saumons au Verdon-sur-Mer
- Conseil scientifique de l’Estuaire de la GirondeAvis concernant le projet d’installation d’une ferme-usine aquacole Pure Salmon au Verdon-sur-Mer