
Trois semaines après l’incendie qui a tué deux sapeurs-pompiers à Mérignac, l’enquête examine désormais un geste précis. Un adolescent de 15 ans a été mis en examen le 13 août pour « destruction involontaire par incendie ayant provoqué la mort d’autrui », selon un communiqué du procureur de Bordeaux, Renaud Gaudeul, diffusé le lendemain.
Le jeune homme avait été interpellé avec son frère majeur. Selon le parquet, leur véhicule se trouvait « à proximité immédiate » du départ du feu et tous deux ont reconnu leur présence sur place. Le mineur a déclaré avoir fumé puis jeté une cigarette, estimant qu’il pouvait ainsi être à l’origine du sinistre, sans en avoir la certitude. Son frère a été mis hors de cause à ce stade.
La mise en examen fait avancer l’enquête sans la clore. En droit, elle suppose l’existence d’indices graves ou concordants rendant vraisemblable la participation d’une personne aux faits. Elle ne vaut pas déclaration de culpabilité. À Mérignac, il reste surtout à établir matériellement que la cigarette évoquée par l’adolescent a bien déclenché le feu.
Ce travail renvoie directement aux premières minutes du 21 juillet. L’incendie avait commencé vers 14 h 30 dans une zone herbeuse et arborée située hors de l’enceinte de l’aéroport, près du parking P4 et de bâtiments commerciaux. Wilfried Schmitter et Anthony Berthôme, deux sapeurs-pompiers professionnels de 34 ans affectés à Saint-Médard-en-Jalles, avaient été engagés dans la première phase d’attaque. Leur camion-citerne s’était retrouvé piégé par un feu décrit par le SDIS comme extrêmement violent.
Notre premier article sur l’incendie racontait cette progression brutale et l’ouverture d’une enquête sur l’origine du sinistre. La nouvelle étape judiciaire concentre désormais le travail des enquêteurs sur trois éléments : le geste déclaré, le point de départ et la propagation du feu.
La qualification retenue est celle d’un incendie involontaire. L’article 322-5 du code pénal sanctionne un incendie provoqué par un manquement à une obligation de prudence ou de sécurité ; lorsque cet incendie entraîne la mort, la peine prévue peut atteindre sept ans d’emprisonnement pour un majeur. L’instruction devra donc déterminer si la cigarette a effectivement provoqué l’ignition et si le geste correspond à l’infraction retenue.
À Mérignac, l’enquête dispose d’une hypothèse beaucoup plus précise qu’au lendemain du drame. Elle doit encore démontrer comment une cigarette jetée près du parking P4 aurait pu déclencher l’incendie qui, quelques minutes plus tard, a piégé Anthony Berthôme et Wilfried Schmitter dans leur camion.
Sources consultées
- AFP, citant le communiqué du parquet de BordeauxPompiers morts à Mérignac : le mineur mis en examen a jeté un mégot
- Gendarmerie nationaleIncendies en Gironde : deux sapeurs-pompiers sont décédés dans l’exercice de leur mission
- LégifranceCode de procédure pénale, article 80-1
- LégifranceCode pénal, article 322-5
- TF1 Info« Comment le feu d’un seul coup s’est généralisé sur la zone ? » : l’enquête devra déterminer l’origine de la mort de deux pompiers à Mérignac