
Après l’incendie de juillet, la Gironde doit maintenant identifier les bois condamnés puis organiser leur sortie des parcelles. L’État et les acteurs de la filière ont fixé trois priorités : évaluer les dégâts, organiser les coupes sanitaires et trouver des débouchés aux bois récupérables. Un arrêté du 31 juillet dispense en parallèle les propriétaires du périmètre sinistré de la déclaration de coupe d’urgence.
Le feu parti de Saumos a parcouru 42 000 hectares, selon le gouvernement. Cette surface ne correspond pas à autant d’hectares à couper : certains arbres peuvent survivre et le volume réellement exploitable n’est pas encore établi publiquement. Pour comparaison, toute la Gironde avait récolté 2,65 millions de m³ de bois en 2024.
Le chantier est aussi morcelé. La forêt girondine appartient à 89 % à des propriétaires privés. Le CNPF en compte 74 282, pour une surface moyenne de six hectares. Simplifier une formalité ne transforme donc pas le massif en exploitation unique : il faut diagnostiquer les parcelles, décider quoi couper, regrouper certains chantiers puis organiser l’abattage et le transport. Le cadre simplifié des coupes ne règle qu’une partie du problème.
Le temps compte. Après les incendies de 2022, le CNPF recommandait déjà d’exploiter et d’évacuer rapidement les bois condamnés afin de limiter leur dépréciation et le développement des scolytes, tout en diagnostiquant d’abord les arbres qui peuvent être conservés. Pour les bois coupés, ses recommandations prévoyaient une évacuation des piles en quatre semaines au maximum.
Mais la filière n’abordait pas l’été 2026 avec des carnets de commandes débordants. En juin, Fibois Nouvelle-Aquitaine et Fibois Landes de Gascogne décrivaient, pour le pin maritime, une activité en repli et des carnets de commandes insuffisants. Dans le sciage, la palette et l’emballage, la visibilité commerciale ne dépassait parfois pas quinze jours à un mois. Dans le même temps, les industriels signalaient encore un coût élevé de la matière et des tensions sur leur approvisionnement. La filière abordait donc l’incendie avec une demande faible dans certains segments, sans disparition des tensions sur l’approvisionnement.
À Biganos, le Comptoir du Pin donne une idée de l’échelle industrielle locale. Smurfit Westrock indique y commercialiser près de 2 millions de tonnes de bois chaque année pour alimenter notamment la papeterie, une centrale biomasse et les scieries du massif. Ce chiffre mesure un flux annuel, pas la capacité supplémentaire disponible après l’incendie.
Le défi est donc d’ordonner la sortie des bois qui doivent réellement être coupés. Le volume récupérable et les premiers prix de vente post-incendie ne sont pas encore documentés assez solidement pour annoncer une décote générale. Dans les parcelles touchées, l’après-feu va se jouer lot par lot : diagnostic, accord de vente, abattage, camion, puis scierie, papeterie ou autre débouché capable de prendre le bois au bon moment.
Sources consultées
- Présidence de la RépubliqueCompte rendu du Conseil des ministres du lundi 27 juillet 2026
- CNPF Nouvelle-AquitaineIncendies en Gironde : l'État et la filière forêt-bois mobilisés pour préparer « la forêt de demain »
- DRAAF Nouvelle-Aquitaine / AgresteMémento forêt-bois 2026
- CNPF Nouvelle-AquitaineLa forêt de la Gironde
- CNPF Nouvelle-AquitaineRecommandations à l’usage des propriétaires forestiers du Massif des Landes de Gascogne
- DRAAF Nouvelle-Aquitaine / Fibois Nouvelle-Aquitaine / Fibois Landes de GascogneNote de conjoncture régionale, CRFB du 23 juin 2026