
Au château de Gaillon, une partie des sources qui pourraient redonner vie aux jardins hauts se trouve aujourd’hui dans l’enceinte du centre d’essais Renault. Voilà l’un des défis de la restauration que prépare l’Agglo Seine-Eure : faire fonctionner un réseau hydraulique hérité de la Renaissance, dans un domaine que cinq siècles d’histoire ont profondément transformé.
L’Agglomération a confié la maîtrise d’œuvre du projet à un groupement réunissant paysagistes, spécialistes du patrimoine, de l’eau et de l’écologie. Le contrat, conclu le 22 septembre 2026 pour 730 000 € HT, doit permettre de concevoir des travaux estimés à 7,4 millions d’euros HT, répartis en cinq tranches. Aucun calendrier précis de chantier n’est encore annoncé.
Deux réseaux d’eau, deux défis différents
À la Renaissance, les jardins du château de Gaillon comptaient parmi les plus remarquables de France. Terrasses, fontaines, bassins et canaux composaient un paysage savamment organisé, remanié notamment par André Le Nôtre au XVIIe siècle.
Dans les jardins bas, la source Saint-Jean alimente déjà deux canaux historiques de 130 mètres chacun, aménagés à l’époque de Le Nôtre. Leur restauration doit rendre l’eau plus accessible aux promeneurs, tout en favorisant la biodiversité.
Pour les jardins hauts, la situation est plus compliquée. L’Agglo souhaite restaurer l’ancien réseau hydraulique, dont certaines sources se trouvent dans l’enceinte du centre d’essais Renault.
Dans sa réponse à l’enquête publique de 2024, elle envisageait même un filet d’eau traversant ensuite les jardins bas sur plus de 700 mètres. Mais deux obstacles étaient identifiés : le relief et le débit limité des sources. Ce parcours reste une hypothèse à étudier, pas un aménagement définitivement arrêté.
Un plan d’eau proposé par des habitants
Lors de cette enquête publique, deux habitants de Gaillon avaient proposé de détourner le ru de la source Saint-Jean pour créer un plan d’eau. Leur idée associait promenade, fraîcheur, arbres et accueil de la faune.
L’Agglo a rappelé que Saint-Jean alimente déjà les deux canaux historiques. Elle a aussi évoqué la faiblesse des débits des sources situées dans l’enceinte Renault, une autre contrainte pour les aménagements hydrauliques envisagés.
Dessiner un jardin avec de l’eau est une chose, disposer durablement de la ressource nécessaire en est une autre. La restauration devra composer avec les débits disponibles, plutôt que chercher à reproduire coûte que coûte les jeux d’eau du passé.
Un château, plusieurs propriétaires
Le morcellement du domaine ajoute une difficulté.
Ancien parc de chasse, jardins nourriciers et espaces d’agrément ont progressivement laissé place à des usages différents : cultures maraîchères, jardins familiaux, espaces boisés, habitations et centre d’essais automobile.
Aujourd’hui, les terrains concernés appartiennent à plusieurs propriétaires publics et privés. Le programme de restauration doit donc pouvoir avancer sur les parcelles publiques, puis s’étendre à d’autres espaces au fil d’éventuelles acquisitions.
Ce choix permet de commencer sans attendre que tous les terrains soient réunis. Il signifie aussi que l’ensemble du paysage historique ne pourra pas nécessairement être restauré au même rythme.
Le projet associe ainsi jardins d’agrément, espaces maraîchers et parc forestier. Il complète la réflexion déjà engagée sur l’aménagement des 182 pièces du château.
Avec le marché attribué en septembre, l’Agglo dispose désormais d’une équipe chargée de transformer ces intentions en plans. À Gaillon, ce sont les captages, les canaux et les débits réellement disponibles qui détermineront quelle place l’eau pourra reprendre dans les jardins du château.
Sources consultées
- Agglomération Seine-EureLes élus dessinent le territoire
- Agglomération Seine-EureAnnexe à la déclaration de projet, synthèse des contributions à l’enquête publique
- France Marchés, reproduction de l'avis BOAMP n° 26-99224Missions de maîtrise d’œuvre pour la restauration des jardins et du parc du château de Gaillon
- Château de GaillonLes jardins