
Au château de Gaillon, le chantier entre dans les pièces. Le 26 septembre, Richard Herrera Rebellon, designer et directeur créatif du site, présentera pour la première fois au public des esquisses, inspirations et références conçues pour l’aménagement des 182 pièces. La journée, organisée pendant France Design Week, comprendra une visite du château puis une conférence consacrée au projet.
Ces dessins ouvrent une nouvelle étape : après les murs, il faut décider comment les salles seront habitées. Recruté par l’Agglomération Seine-Eure en 2025 après un concours lancé l’année précédente, Richard Herrera Rebellon ne travaille pas seulement sur du mobilier neuf. Sa mission prévoit de répertorier et intégrer du mobilier existant, de recréer des décors, de concevoir des éléments contemporains et d’accompagner des maîtres-artisans. Le contrat de projet avait été prévu pour trois ans, avec une prolongation possible.
À Gaillon, cette question s’inscrit dans une histoire particulièrement mouvementée. Georges d’Amboise avait fait transformer le site à la charnière des XVe et XVIe siècles pour en faire ce que le ministère de la Culture présente comme le premier château Renaissance de France, nourri notamment par des artistes italiens. Après la Révolution, une partie du monument fut vendue et utilisée comme carrière de pierre. Le château devint ensuite prison au XIXe siècle, avant de connaître des usages militaires puis près d’un demi-siècle de restauration publique. Ses pièces ne portent donc pas l’histoire d’une demeure restée intacte, mais celle d’un bâtiment démonté, transformé et plusieurs fois réaffecté.
Les futurs usages donnent déjà une idée de ce que ces pièces devront accueillir. Les ailes Nord et d’Estouteville doivent notamment recevoir le conservatoire de musique et d’art dramatique de l’agglomération, avec 18 salles de cours, deux grandes salles de répétition et un auditorium de 150 places. D’autres espaces du château sont destinés à la médiation, aux expositions, aux réceptions ou aux séminaires. Les travaux se poursuivent en 2026, tandis que le monument reste partiellement ouvert au public.
Le 26 septembre permettra ainsi de découvrir comment ce monument restauré doit devenir un bâtiment utilisé. Comment meubler des pièces marquées par des siècles de transformations ? Que conserver, que fabriquer, que confier aux artisans ? Herrera Rebellon dit vouloir faire dialoguer le mobilier existant avec des créations nouvelles et adapter les espaces à leurs futurs usages.
Les réponses ne sont encore que des orientations : le château présente cette journée comme un « préambule », à deux ans de l’inauguration annoncée. Mais pour la première fois, le public pourra regarder derrière les travaux de pierre et voir se dessiner ce qui remplira les pièces. À Gaillon, la renaissance du château se joue désormais aussi dans une salle de répétition, autour d’un meuble ou devant l’esquisse d’un décor.