
Rio, Kelly, Chanky et leurs congénères n’écoutent pas les canalisations. Ils les reniflent. En janvier 2026, Évreux Portes de Normandie (EPN) a testé pour la première fois des chiens dressés à reconnaître l’odeur du chlore pour pré-localiser des fuites d’eau potable invisibles depuis la surface.
L’expérience a duré une semaine. Sur le seul secteur de Fauville-Ouest, une journée de recherche a permis aux chiens de signaler une dizaine de zones suspectes. Ce chiffre ne signifie pas que dix fuites ont été découvertes : EPN n’a pas publié le nombre de marquages ensuite confirmés. C’est précisément la limite qui empêche encore de mesurer les performances de la méthode.
Son intérêt tient surtout à un problème très local. Trois équipes d’EPN recherchent déjà les fuites toute l’année, notamment par méthode acoustique, en écoutant le bruit produit par l’eau qui s’échappe d’une canalisation. Mais le sous-sol de l’agglomération peut rendre certaines fuites particulièrement discrètes : selon la stratégie eau 2025-2030 d’EPN, elles peuvent s’infiltrer à fort débit sans jamais remonter à la surface.
Les chiens apportent une autre méthode de repérage. En suivant le tracé des conduites, ils cherchent les odeurs laissées dans le sol par l’eau chlorée qui s’en échappe. Ils doivent être formés pendant au moins un an et ne travaillent que par séquences de vingt à trente minutes. EPN les utilise en complément des moyens de détection déjà en place.
Le réseau d’EPN s’étend sur environ 1 050 km et l’agglomération estime perdre près de 2,5 millions de m³ d’eau potable par an. En 2023, son rendement atteignait 67,2 % dans la zone sud et 68 % dans la zone nord, contre 81,2 % en moyenne en France. EPN vise 75 % à l’horizon 2030.
EPN combine déjà plusieurs moyens pour traquer l’eau perdue. La régie renforce l’équipe chargée de surveiller le rendement du réseau, déploie des pré-localisateurs acoustiques et veut mieux croiser sectorisation, historique des fuites et données cartographiques. Dans l’Eure, l’Agglo Seine-Eure suit une autre voie avec la télérelève de ses compteurs d’eau potable, destinée elle aussi à repérer plus tôt les consommations anormales et les fuites.
La réparation durable du réseau continuera surtout à passer par le renouvellement des canalisations. Mais lorsqu’une fuite disparaît dans le sous-sol sans laisser de flaque ni suffisamment de bruit, EPN teste désormais un moyen beaucoup moins électronique : un chien capable de suivre l’odeur du chlore.
Sources consultées
- Évreux Portes de NormandieÉvreux Portes de Normandie le magazine n°34, « Détection des fuites : un renfort à 4 pattes »
- Évreux Portes de NormandieStratégie Eau potable 2025-2030
- EaufranceRendement des réseaux de distribution d’eau potable en 2023
- Commune de Grossœuvre / PanneauPocketDétection des fuites d’eau : un renfort à quatre pattes