L’Agglo Seine-Eure prépare la relève à distance de ses compteurs d’eau potable. Le marché porte sur la fourniture ou l’équipement de compteurs, des modules radio, un réseau de télérelève et des outils informatiques pour traiter les données.
Le plafond annoncé atteint 1,9 million d’euros HT pour les prestations à bons de commande. Il ne fixe donc pas la facture finale: elle dépendra des commandes passées. Le dispositif est pensé sur une durée longue, autour du cycle de vie des compteurs et des têtes émettrices, avec un démarrage estimé au 1er août 2026 dans les documents de consultation.
Ce n’est pas seulement une histoire de factures moins pénibles à établir. La télérelève change la fréquence du regard porté sur le service. Au lieu d’attendre une tournée, un index transmis tardivement ou une anomalie visible sur une facture, le gestionnaire peut repérer plus vite des consommations inhabituelles, des écarts, des ruptures de tendance. Pour l’abonné, l’intérêt le plus lisible tient aux fuites après compteur: celles qui passent par une chasse d’eau, un ballon, une canalisation de jardin, et ne deviennent évidentes qu’une fois les mètres cubes déjà partis.
Le contexte local donne du poids à cet achat. Le service d’eau potable Seine-Eure couvre 52 communes dans les données Sispea, en production, transfert et distribution, sous délégation jusqu’à fin 2028. Le rapport 2024 de l’Agglo indique, hors secteur géré par le SERPN, 43 112 abonnés, 5,675 millions de m³ vendus, 1 034 km de réseau hors branchements et 44 réservoirs ou bâches. Le rendement net global moyen du réseau y est estimé à 76,7 %. L’écart entre l’eau mise en distribution et l’eau consommée ou comptée n’est donc pas un détail de tableur.
À l’échelle française, Eaufrance évaluait en 2023 le rendement moyen des réseaux d’eau potable autour de 81,3 %, avec cette image parlante: pour cinq litres mis en distribution, un litre retourne au milieu naturel sans passer par le consommateur. Seine-Eure n’est pas un cas à part, mais son chiffre de rendement rappelle que la sobriété de l’eau ne se joue pas seulement dans les gestes domestiques. Elle dépend aussi de canalisations, de capteurs, d’index, de logiciels, de contrats et de capacité à intervenir au bon endroit.
La télérelève ne répare pas une conduite. Elle ne remplace pas le renouvellement physique du réseau, que l’Agglo dit poursuivre depuis 2011 à raison de 2 à 5 km par an. Mais elle peut rendre le système plus réactif. C’est son intérêt, et sa limite: investir dans de la donnée n’a de sens que si cette donnée déclenche ensuite des alertes utiles, des travaux priorisés, une relation claire avec les usagers et une maintenance suivie.
Dans un territoire où l’eau potable vient de captages souterrains, où le prix est harmonisé et progressif, et où la facture porte déjà la marque de choix collectifs, le compteur devient un objet moins banal qu’il n’en a l’air. Il ne se contente plus de dire combien chacun doit payer. Il peut aider à voir, plus tôt, où l’eau de Seine-Eure se perd.
Sources consultées
- BOAMPDéploiement, gestion et maintenance d’un système de relève à distance avec le renouvellement/équipement des compteurs d’eau potable
- Agglo Seine-EureRapport annuel eau et assainissement 2024
- Observatoire Sispea / EaufranceCommunauté d’agglomération Seine-Eure, service eau potable Agglo Seine Eure 2024
- EaufranceRendement des réseaux de distribution d’eau potable en 2023