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À Ecoval, l’Eure prépare l’après-poubelle

Trois marchés du SETOM éclairent l’adaptation de l’Eure aux biodéchets, déchets verts et risques des quais de transfert.

Illustration - déchets à Ecoval

À Guichainville, les déchets de l’Eure ne disparaissent pas. Ils arrivent en camions, passent par des quais, des tapis, des broyeurs, des plateformes, des bâtiments de stockage. Le site Ecoval occupe 14 hectares. On y trouve une unité d’incinération, un centre de tri, une chaufferie biomasse et une plateforme de déchets verts. Environ 150 000 tonnes de déchets y passent chaque année.

Trois marchés récents du SETOM de l’Eure donnent une idée assez nette de ce qui se prépare dans ces coulisses. Pas un grand virage spectaculaire. Plutôt une adaptation très concrète de la chaîne locale: traiter des biodéchets pas toujours directement exploitables, des végétaux plus nombreux qu’ils n’en ont l’air, et des quais de transfert qui doivent rester sûrs.

Le premier marché concerne une assistance à maîtrise d’ouvrage pour aménager et exploiter, à Ecoval, une unité de déconditionnement et d’hygiénisation. Le vocabulaire sent la fiche technique, mais le problème est simple: beaucoup de déchets organiques n’arrivent pas nus et prêts à être valorisés. Ils peuvent encore contenir des emballages, des impuretés, des restes issus de cantines, de commerces alimentaires ou d’autres circuits. Avant d’en faire une matière utile, il faut parfois séparer, nettoyer, sécuriser.

L’avis ne dit pas que l’unité est déjà construite. Il prépare son mode d’emploi, avec une mission prévue sur 48 mois et un suivi pendant la première année d’exploitation. C’est une nuance importante. Depuis la généralisation du tri à la source des biodéchets en 2024, les territoires doivent surtout réussir l’étape d’après: transformer une nouvelle consigne en filière réelle. Un bac ne suffit pas. Il faut aussi les machines, les flux et les débouchés.

Les déchets verts racontent une autre contrainte. Tontes, tailles, branchages: à l’échelle d’un jardin, cela paraît presque anodin. À l’échelle d’un département, cela remplit des plateformes, mobilise des entreprises et produit des refus à reprendre. Le SETOM a attribué des prestations de broyage-criblage et de reprise des refus sur plusieurs sites, dont Moisville, Saint-Aquilin-de-Pacy, Verneuil d’Avre et d’Iton, Ecoval et Crosville-la-Vieille. Le montant maximal du marché dépasse 3,2 millions d’euros.

En 2022, les déchets verts représentaient près de 30 000 tonnes dans les flux du SETOM. Ce n’est donc pas un supplément champêtre à la politique des déchets. C’est un flux à part entière, très saisonnier, très visible en déchèterie, et parfois mal compris parce qu’il ressemble davantage à de la matière naturelle qu’à un déchet industriel.

Les quais de transfert ferment la boucle. Ils sont moins visibles qu’Ecoval, mais ils concentrent une partie du risque: déchets mélangés, stockage temporaire, mouvements de camions, erreurs de tri, batteries oubliées. Le marché consacré aux systèmes de sécurité incendie rappelle que la gestion des déchets ne s’arrête pas au ramassage. Entre la benne et le traitement final, il y a des lieux intermédiaires, avec leurs coûts, leurs risques et leurs travaux.

Quelques jours après l’annonce d’un travail d’optimisation à Seine Normandie Agglomération, le signal est ici d’une autre nature. Il ne s’agit pas de recalculer une organisation locale, mais d’équiper l’arrière-chaîne départementale des déchets.

Pour les habitants, rien ne changera forcément demain matin devant la maison. Mais une partie de la future facture, de la qualité du tri et de la capacité de l’Eure à valoriser davantage ce qu’elle jette se joue dans ces endroits peu photogéniques: une unité à concevoir, des végétaux à cribler, des quais à sécuriser. Moins visible qu’un nouveau bac, mais souvent plus révélateur. La poubelle a beau partir au bout de la rue, elle continue sa vie ailleurs. Et, visiblement, elle n’a pas fini de circuler.