
À Palaiseau, Pasqal ne participera plus au programme quantique du ministère des Armées. L’entreprise a confirmé sa sortie de Proqcima le 28 septembre, un mois après son entrée au Nasdaq, à New York. L’État lui demande pourtant de préparer un nouveau projet de recherche, cette fois civil.
Cette séparation intervient alors que Proqcima accélère. Le programme bénéficie désormais d’une enveloppe de 300 millions d’euros sur quatre ans, avec pour objectif de développer deux prototypes français de 1 000 qubits logiques d’ici 2032. Quatre entreprises poursuivent le programme : Alice & Bob, C12, Quandela et Quobly.
Pasqal, spécialiste des ordinateurs quantiques à atomes neutres, affirme avoir rempli tous les objectifs technologiques de la première phase.
Un désaccord autour de la cotation
Selon une enquête de La Tribune, la sortie de Pasqal aurait été imposée par le ministère des Armées. Celui-ci aurait redouté qu’une cotation américaine expose des technologies stratégiques françaises à un risque de captation étrangère. Le quotidien rapporte également qu’une solution de financement public alternative aurait été proposée à Pasqal pour la dissuader d’entrer à Wall Street, sans succès.
L’entreprise présente une autre explication : une réorientation vers les applications commerciales, cohérente avec sa stratégie de croissance. Le ministère des Armées n’a pas publiquement détaillé les motifs de cette rupture.
La cotation américaine ne signifie pourtant pas que Pasqal est devenue une entreprise américaine. Selon ses documents boursiers, certaines décisions touchant à la propriété intellectuelle doivent obtenir le vote favorable de Bpifrance au sein d’un comité stratégique de sa filiale française, Pasqal SAS.
Ces garanties n’auraient pas suffi à convaincre le ministère des Armées, selon La Tribune.
Une autre collaboration à construire
L’État souhaite néanmoins poursuivre une collaboration civile avec Pasqal. Le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) et la Direction générale des entreprises (DGE) lui ont demandé de proposer un programme de recherche sur le calcul quantique tolérant aux erreurs, capable de corriger les erreurs qui limitent aujourd’hui ces machines.
Il s’agit d’une invitation à présenter un projet, sans financement accordé ni montant annoncé.
Pour Pasqal, qui assemble, calibre et teste ses ordinateurs quantiques à Palaiseau, cette réorientation change le cadre de sa collaboration avec l’État : elle quitte un programme militaire soutenu par la commande publique pour préparer un projet civil.
La prochaine étape sera de présenter au SGPI et à la DGE cette proposition de recherche fondée sur la technologie à atomes neutres développée à Palaiseau.
Sources consultées
- PasqalÉvolution du cadre de collaboration entre Pasqal et les pouvoirs publics français
- La TribunePourquoi Pasqal a été contraint d'abandonner le programme de défense Proqcima
- Portail de la stratégie nationale quantique, France 2030Stratégie nationale quantique : l'accélération 2026-2030
- U.S. Securities and Exchange CommissionPasqal Holding SA, documents boursiers et gouvernance
- Le ParisienCotée à New York mais exclue d'un programme militaire tricolore : le bon calcul de Pasqal, pépite française du quantique ?