
À Bayeux, les photographies de Yalda Moaiery sont exposées à l’Hôtel du Doyen. En Iran, leur autrice a été condamnée à quinze ans de prison. La justice iranienne lui reproche notamment d’avoir transmis à l’étranger des images prises pendant la guerre commencée le 28 février 2026. L’exposition « Istâdegi, Iran : tenir debout », qui ferme dimanche 8 novembre, raconte aussi ce risque : documenter la répression peut coûter sa liberté.
En janvier 2026, Yalda Moaiery a photographié les manifestations contre le régime et les funérailles de victimes de la répression. En février, des agents des gardiens de la révolution ont saisi son matériel. Sa condamnation, prononcée en août, a été confirmée en appel le 31 août. Dans un témoignage publié le 5 novembre par le Washington Post, elle explique attendre toujours son arrestation.
Résister, mais sans forcément espérer
La répression intérieure n’est pas la seule violence montrée dans l’exposition. Maryam Rahmanian a photographié une femme assise dans les décombres de la maison de sa sœur, détruite par une frappe israélienne. Elle devait y passer la nuit, mais avait changé d’avis au dernier moment. La famille qui s’y trouvait a été tuée. Rahmanian a raconté cette rencontre à RFI lors du Prix Bayeux, en octobre.
Les deux commissaires de l’exposition, Mariam Pirzadeh et Julie Dungelhoeff, journalistes à France 24, ont aussi voulu montrer une résistance moins spectaculaire. Dans les salles, de nombreux panneaux rappellent les interdits et les restrictions qui encadrent la vie quotidienne en Iran. Sortir sans voile, chanter en public lorsqu’on est une femme, se retrouver au café avec quelqu’un sans être mariés : ces gestes ordinaires peuvent devenir des actes de désobéissance.
Le parcours réunit également les photographies d’Ahmad Halabisaz et de Kaveh Kazemi, ainsi que des dessins.
Mais continuer à résister ne signifie pas nécessairement croire à la victoire. Mariam Pirzadeh confiait à RFI que l’expression « sans espoir » revenait souvent dans ses conversations avec les Iraniens restés au pays. Le titre persan « Istâdegi » signifie à la fois tenir debout et résister.
Le Prix Bayeux des correspondants de guerre s’est achevé le 11 octobre. L’exposition « Istâdegi » reste visible jusqu’au dimanche 8 novembre, à l’Hôtel du Doyen, rue Lambert-Leforestier, à Bayeux. Entrée libre, de 14 h à 18 h.
Sources consultées
- Prix Bayeux Calvados-NormandieProgramme officiel 2026, « Istâdegi, Iran : tenir debout »
- RFI, Yann Le NyPrix Bayeux 2026 : « Istâdegi », une exposition sur un peuple iranien qui résiste face à la guerre et au régime
- Le Monde, Ghazal GolshiriEn Iran, une photojournaliste condamnée à quinze ans de prison pour avoir diffusé des images de la répression à l’étranger
- Front Line DefendersYalda Moaiery condamnée par contumace à 15 ans d’emprisonnement en vertu des amendements apportés à la loi sur l’espionnage
- The Washington PostShe took photos Iran didn’t want the world to see. Now she’s facing 15 years in prison.