
À Fos-sur-Mer, Marcegaglia veut porter la production de son usine d’environ 100 000 à 2,15 millions de tonnes d’acier liquide par an d’ici 2029. Chaque tonne produite nécessiterait beaucoup moins d’eau industrielle qu’aujourd’hui. Mais à cette échelle, les besoins totaux du site seraient multipliés par 7,4. Dans son avis du 12 octobre, l’autorité environnementale pose une difficulté supplémentaire : comment alimenter cette usine quand ses futurs voisins industriels auront eux aussi besoin d’eau ?
Le projet Mistral, présenté lors de l’ouverture de la consultation publique en août, prévoit de transformer l’ancienne aciérie Ascometal. Le site fabrique déjà des aciers spéciaux à partir de ferrailles fondues dans un four électrique. Une seconde aciérie dotée d’un four électrique et d’une installation de coulée continue serait construite, ainsi qu’un laminoir à chaud pour fabriquer des bobines d’acier plat, sans passer par un haut-fourneau alimenté au charbon.
Ces bobines approvisionneraient principalement les usines italiennes du groupe Marcegaglia, qui cherche ainsi à maîtriser une partie de sa chaîne de production. Le site de Fos passerait d’une aciérie spécialisée à un ensemble sidérurgique de grande capacité.
Moins d’eau par tonne, beaucoup plus pour l’usine
Le dossier industriel prévoit de ramener la consommation d’eau brute d’environ 5 à 2,12 m³ par tonne d’acier, soit une baisse de plus de 57 %. Le ratio actuel est calculé sur une production de référence de 120 000 tonnes par an.
Pour y parvenir, Marcegaglia mise sur des circuits de refroidissement fermés, la récupération des eaux de lavage des filtres et la réutilisation de certaines purges industrielles. Une régulation des débits conçue avec l’équipementier Danieli permettrait également d’ajuster le refroidissement aux besoins réels de production. Ces choix ont déjà permis de retrancher 550 000 m³ par an aux premières estimations du projet.
Mais les économies relatives ne compensent pas le changement d’échelle. Les besoins annuels en eau brute passeraient d’environ 617 000 à 4,56 millions de mètres cubes, soit près de quatre millions supplémentaires.
Ces chiffres concernent l’eau industrielle fournie par le Grand Port maritime de Marseille, et non l’eau potable des habitants. L’aciérie historique utilise également de l’eau de mer pour son refroidissement, mais les nouvelles installations ne prévoient pas d’augmenter ce prélèvement.
Les performances annoncées restent des projections : la nouvelle aciérie n’est pas encore construite.
Le canal d’Arles à Fos devra alimenter plusieurs usines
L’eau industrielle provient du canal d’Arles à Fos, via la station de pompage du Vigueirat. Le port est actuellement autorisé à y prélever 25 millions de mètres cubes par an. Ses installations pourraient techniquement en pomper 45 millions, mais cette capacité matérielle ne garantit pas la disponibilité durable de la ressource.
Mistral n’est pas seul à vouloir se développer. GravitHy, NeoCarb et d’autres projets industriels sollicitent également les réseaux du port. Selon l’étude hydrologique citée par la Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe), ces opérations représenteraient ensemble 15,7 millions de mètres cubes de prélèvements supplémentaires par an à l’horizon 2030.
Les volumes de Mistral figuraient déjà dans le dossier d’autorisation. Mais dans son avis du 12 octobre, la MRAe demande surtout de ne plus examiner séparément l’approvisionnement de chaque usine : le port et les industriels doivent préparer un plan commun, tenant compte du changement climatique et fixant à l’avance les priorités entre les usages.
Le port étudie les capacités réelles du canal ainsi qu’une éventuelle interconnexion avec le réseau de la Société du Canal de Provence. Les conclusions hydrologiques définitives ne sont pas encore disponibles.
L’avis environnemental ne constitue pas un refus du projet. Marcegaglia doit encore obtenir ses autorisations et prendre sa décision finale d’investissement, attendue d’ici la fin de l’année.
Les habitants peuvent participer à la consultation, avec une permanence ce lundi 2 novembre, de 14 h à 17 h, à la mairie de Port-Saint-Louis-du-Rhône, puis une réunion publique le 12 novembre, de 17 h 30 à 19 h 30, à la Maison de la Mer et du Sport de Fos-sur-Mer. Ils peuvent aussi déposer leurs observations sur le registre officiel jusqu’au 20 novembre à 17 h.
À Fos, l’avenir de Mistral dépendra aussi de la quantité d’eau industrielle que le port pourra réellement fournir.
Sources consultées
- Mission régionale d’autorité environnementale Provence-Alpes-Côte d’AzurAvis du 12 octobre 2026 sur l’opération de développement de la production d’acier décarboné Marcegaglia à Fos-sur-Mer
- Marcegaglia Fos-sur-Mer / Antea GroupProjet Mistral, résumé non technique de l’étude d’impact, juillet 2026
- MarcegagliaLe contrat pour le site de Fos-sur-Mer attribué à Danieli, 13 avril 2026
- Secrétariat permanent pour la prévention des pollutions industrielles PACAMistral de Marcegaglia
- Registre dématérialisé de la consultation publiqueProjet Mistral, consultation du 20 août au 20 novembre 2026