
L’État a reconnu l’état de catastrophe naturelle dans 72 communes des Bouches-du-Rhône après les inondations des 19 et 20 octobre. L’arrêté du 27 octobre, publié au Journal officiel ce jeudi 29 octobre 2026, concerne notamment Istres, Marseille, Martigues, Aix-en-Provence, Arles et Saint-Chamas. Les sinistrés disposent désormais de 30 jours, jusqu’au 28 novembre, pour déclarer leurs dommages à leur assureur.
Mais à Istres, où les pluies ont également provoqué des glissements de terrain, certains habitants sont encore loin de retrouver leur maison. Mardi 27 octobre, le maire Robin Prétot indiquait sur Maritima que 37 foyers, soit 88 personnes, ne pouvaient toujours pas réintégrer leur logement en raison d’arrêtés de péril. La reconnaissance officielle ouvre des possibilités d’indemnisation et de prise en charge du relogement. Elle ne lève pas les interdictions d’accès aux habitations.
Vingt-huit jours d’hébergement, jusqu’à six mois de prise en charge possible
Depuis les évacuations, la Ville d’Istres s’appuie notamment sur Airbnb.org pour proposer un hébergement gratuit aux sinistrés, pour une durée maximale de 28 jours. Ce dispositif a permis de trouver rapidement des solutions à des familles contraintes de quitter leur domicile.
Le problème est que certaines réparations pourraient prendre beaucoup plus longtemps. Le 27 octobre, Robin Prétot estimait que les travaux de confortement et de sécurisation des terrains fragilisés pourraient durer « des semaines, voire des mois ».
La reconnaissance de catastrophe naturelle ouvre ici une possibilité importante : le Code des assurances prévoit, pour les contrats concernés, la prise en charge des frais de relogement d’urgence pendant une durée pouvant atteindre six mois à compter du premier jour du relogement.
Cette garantie concerne les occupants assurés dont la résidence principale est devenue inhabitable à la suite d’un phénomène reconnu et couvert. Elle peut aussi s’appliquer lorsque des dommages extérieurs liés à la catastrophe rendent l’habitation inaccessible. Elle couvre les dépenses d’hébergement effectivement engagées, dans la limite des montants prévus au contrat. L’assureur doit apprécier si les conditions sont remplies.
Ces règles, entrées en vigueur le 1er novembre 2023, comportent une disposition transitoire : les contrats conclus avant cette date restent soumis au droit antérieur. Les assurés concernés doivent donc vérifier les garanties applicables à leur contrat.
Les 28 jours proposés par Airbnb.org et les six mois prévus par le régime d’assurance ne correspondent donc pas à deux aides automatiquement cumulables. Les personnes hébergées gratuitement ne peuvent pas demander le remboursement de dépenses qu’elles n’ont pas supportées. En revanche, celles qui ne pourront toujours pas rentrer chez elles à l’expiration du dispositif temporaire ont intérêt à organiser dès maintenant la suite avec leur assureur.
Aux Heures Claires, l’origine des dégâts compte autant que leur ampleur
L’arrêté reconnaît les « inondations et coulées de boue » survenues les 19 et 20 octobre. Il ne reconnaît pas séparément les mouvements de terrain.
Cette précision a son importance à Istres. Aux Heures Claires, des habitations ont été évacuées après des éboulements et des instabilités de terrain. Autour de l’étang de l’Olivier, des maisons et une partie de la résidence Rive Ouest, chemin de la Pujeade, ont également été concernées par des mesures de sécurité.
Comme nous l’expliquions dans notre précédent article sur les habitants relogés à Istres, ce secteur fait l’objet d’un plan de prévention des risques de mouvements de terrain depuis 1997. Les expertises géologiques doivent déterminer la stabilité des parcelles et les conditions dans lesquelles les habitants pourront éventuellement revenir.
Pour l’assurance, il faudra aussi établir la cause des dommages. Les dégâts directement provoqués par l’eau peuvent relever du phénomène reconnu. Des fissures, des affaissements ou des dommages aux fondations nécessitent une analyse plus précise de leur origine. Le lien avec les inondations et coulées de boue devra être établi pour bénéficier de la garantie correspondante.
La distinction peut devenir décisive pour une famille dont la maison n’a pas été envahie par l’eau, mais qui demeure interdite d’accès à cause de la fragilité du terrain. La garantie de relogement prévoit aussi le cas d’une habitation rendue inaccessible par des dommages extérieurs liés à la catastrophe. Cela ne dispense toutefois pas d’établir que le phénomène en cause est bien couvert.
Les expertises devront déterminer si les habitants peuvent rentrer en sécurité. Les assureurs, eux, devront établir quels dommages et frais peuvent être pris en charge.
Les sinistrés ont jusqu’au 28 novembre pour déclarer leurs dégâts
La reconnaissance concerne une grande partie du département, du pourtour de l’étang de Berre à la Camargue, en passant par le Pays salonais et les Alpilles. Les 72 communes figurent dans l’annexe de l’arrêté interministériel INTE2628736A.
Pour leurs habitants, la démarche prioritaire est de déclarer les dommages sans attendre le 28 novembre. Les assurés doivent fournir à leur compagnie une description du sinistre, des photographies, les justificatifs disponibles et une première estimation des pertes. Ceux qui ont déjà ouvert un dossier doivent signaler la publication de l’arrêté.
Les personnes privées de leur résidence principale doivent également demander explicitement l’examen de leurs frais de relogement et conserver leurs justificatifs d’hébergement. Si leur logement reste inaccessible ou inhabitable, elles peuvent solliciter une réponse écrite sur les modalités de prise en charge.
À Istres, la municipalité a confirmé jeudi 29 octobre le maintien de son dispositif d’accompagnement des sinistrés. Le service est joignable au 04 13 29 51 04, le lundi de 8 h à 18 h et du mardi au vendredi de 8 h 30 à 12 h puis de 13 h 30 à 17 h 45.
La fin de l’urgence ne signifie pas le retour à domicile
Les inondations ont fait trois morts dans le département, selon le bilan rappelé par les Pompiers13 le 28 octobre. Entre le 19 et le 26 octobre, 3 300 interventions liées à l’épisode météorologique avaient été réalisées par les secours et leurs renforts.
À Istres, la cellule de crise municipale a été levée le 25 octobre. Mais deux jours plus tard, le maire signalait encore des éboulements autour de l’étang de l’Olivier et maintenait les interdictions d’accès aux pinèdes et aux promenades boisées, en raison des risques de chutes d’arbres et de terrain instable.
La reconnaissance de catastrophe naturelle a été obtenue rapidement : dix jours après le début des pluies, les sinistrés disposent d’une base juridique pour engager leurs demandes d’indemnisation.
Pour les familles évacuées, une autre échéance approche. À mesure que les 28 jours d’hébergement temporaire s’écoulent, il faudra savoir qui peut retourner chez soi, qui doit rester relogé et comment financer cette période supplémentaire. Aux Heures Claires et autour de l’étang de l’Olivier, la réponse dépend désormais des expertises des terrains et des décisions des assureurs.
Sources consultées
- Journal officiel de la République française, LégifranceArrêté du 27 octobre 2026 portant reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle, NOR INTE2628736A
- Préfecture des Bouches-du-RhôneÉtat de catastrophe naturelle reconnu suite aux intempéries du 19 octobre 2026
- MaritimaRobin Prétot, maire d'Istres, une semaine après les inondations : « La situation n'est pas terminée »
- LégifranceCode des assurances, articles D125-4 à D125-4-4
- Ville d'IstresReconnaissance de l'état de catastrophe naturelle
- Pompiers13Un événement exceptionnel par sa violence : les Pompiers13 sur tous les fronts face aux intempéries