Article

Inondations à Istres : 88 personnes relogées, des habitations suspendues aux expertises

Après les inondations, 88 personnes ont été relogées en urgence à Istres. Aux Heures Claires, le retour de certains habitants dépend encore d'expertises géologiques.

Illustration - Maisons et terrain instable à Istres

À Istres, 37 foyers ont été touchés et 88 personnes ont dû être relogées en urgence après les pluies des 19 et 20 octobre. C’est le bilan communiqué dimanche 25 octobre à 18 heures par la municipalité, qui a mis fin à sa cellule de crise. Il s’agit du nombre de personnes relogées depuis les intempéries, pas nécessairement de celles qui vivent encore ailleurs.

Pour certains habitants, le retour chez eux reste suspendu à des expertises géologiques. La Ville a mis en place un dispositif d’hébergement temporaire pouvant durer jusqu’à 28 jours. Mais aucune date générale de retour n’est fixée pour les logements encore interdits d’accès.

L’eau s’est retirée de nombreuses rues et plusieurs routes et accès ont rouvert. Pourtant, aux Heures Claires et autour de l’étang de l’Olivier, les risques ne dépendent plus seulement de la météo. Ils concernent désormais la stabilité des terrains, des arbres et des habitations.

Aux Heures Claires, un risque connu depuis 1997

Météo-France a relevé 275 mm de précipitations à Istres pendant l’épisode méditerranéen, soit 275 litres d’eau par mètre carré. À Entressen, au nord de la commune, les débordements ont isolé le hameau et perturbé les réseaux. Aux Heures Claires, sur les reliefs bordant l’étang de Berre, les pluies ont déclenché une autre urgence : des mouvements de terrain et des risques d’éboulement.

Ce danger était identifié bien avant les intempéries.

Un plan de prévention des risques naturels, approuvé le 20 février 1997, couvre spécifiquement le quartier des Heures Claires. Son règlement décrit des secteurs exposés à l’érosion côtière, aux glissements de terrain et aux chutes de blocs. Il distingue des zones rouges, où les nouvelles constructions sont en principe interdites, et des zones bleues soumises à des prescriptions de prévention.

Le document communal d’information sur les risques majeurs, publié en 2023, rappelle lui aussi l’existence de ce plan.

Cela ne permet pas de conclure que les habitations évacuées en octobre se trouvent toutes dans une zone réglementaire dangereuse, ni qu’une obligation de prévention aurait été négligée. Mais les expertises actuelles concernent un secteur dont la vulnérabilité géologique est documentée depuis près de trente ans.

Après les premières interventions du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), une grande partie des Heures Claires a pu rouvrir jeudi 22 octobre au soir. Vendredi, la mairie signalait toutefois une nouvelle évacuation en haut du chemin du Port et six autres parcelles toujours interdites d’accès. Ailleurs, certains habitants avaient retrouvé leur maison sans pouvoir utiliser leur jardin ou leur terrasse.

Autour de l’étang de l’Olivier, deux maisons et une partie de la résidence Rive Ouest, chemin de la Pujeade, ont également fait l’objet de mesures d’évacuation.

Une rue rouverte ne signifie donc pas que toutes ses maisons sont sûres. Les premières inspections peuvent autoriser le passage tout en laissant certaines parcelles sous surveillance. Pour lever ces dernières interdictions, il faut examiner les terrains plus précisément.

Vingt-huit jours d’hébergement, sans date de retour garantie

Samedi 24 octobre, la Ville a annoncé que son dispositif de relogement avec la Fondation Airbnb était opérationnel, pour une durée maximale de 28 jours. Elle recensait également les sinistrés ayant trouvé refuge chez des proches ou une solution par leurs propres moyens.

Le dispositif offre une réponse immédiate aux personnes contraintes de quitter leur logement. Sa limite apparaît lorsque le retour dépend d’analyses dont les résultats, voire les travaux qui pourraient en découler, ne sont pas encore connus.

Les expertises approfondies du BRGM, notamment pour la résidence située chemin de la Pujeade, ne pourront commencer qu’à partir du mardi 27 octobre, selon le calendrier annoncé par la Ville. La municipalité prévoit un interlocuteur du service de l’urbanisme pour expliquer les conclusions techniques aux personnes concernées.

Le bilan du 25 octobre ne précise pas combien des 88 personnes relogées ont déjà pu rentrer, ni combien bénéficient effectivement du dispositif Airbnb. Il n’annonce pas non plus de prolongation de cette aide municipale au-delà de 28 jours. D’autres possibilités de prise en charge existent toutefois par l’assurance habitation, sous certaines conditions.

Ce délai de 28 jours est donc celui du dispositif Airbnb, pas une prévision de retour à domicile ni une limite générale à l’indemnisation du relogement.

Des promenades encore interdites malgré la fin de la crise

Les restrictions ne concernent pas uniquement les habitations. Dans son dernier point de situation, dimanche à 18 heures, la mairie maintenait l’interdiction d’accès aux zones forestières et aux pinèdes.

Quatre lieux sont particulièrement concernés : le parc Dinosaur’Istres, la promenade autour de l’étang de l’Olivier, la pinède des Quatre Vents et le chemin goudronné en contrebas du lycée Latécoère.

Les sols détrempés et les arbres fragilisés peuvent rester dangereux après la décrue. Des opérations d’abattage et de surveillance se poursuivent, avec des difficultés supplémentaires dans les secteurs peu accessibles.

La municipalité demande de respecter ces interdictions jusqu’à leur levée officielle. Les habitants peuvent consulter son dernier point de situation sur les fermetures et les mesures de sécurité.

À Entressen, l’eau du robinet est de nouveau potable depuis le 23 octobre. Le retour des services essentiels avance donc plus vite que la résolution des risques géologiques sur certaines parcelles.

Une décision attendue pour les indemnisations

La commission interministérielle chargée d’examiner les demandes de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle doit se réunir mardi 27 octobre, dans le cadre d’une procédure accélérée annoncée après les inondations.

Une reconnaissance officielle ouvrirait les garanties correspondantes pour les dommages couverts par les contrats d’assurance concernés. La mairie invite les habitants à lui adresser leurs photographies et des informations sur la nature et l’ampleur des dégâts à intemperies@istres.fr, afin d’appuyer son dossier.

Les sinistrés doivent déclarer leurs dommages à leur assureur sans attendre cette décision. Pour les résidences principales couvertes par les contrats concernés, la garantie catastrophe naturelle prévoit également, lorsque les conditions sont réunies, la prise en charge des frais de relogement d’urgence pendant une durée pouvant atteindre six mois à compter du premier jour du relogement. Cette prise en charge dépend notamment de la reconnaissance de la catastrophe naturelle, de l’impossibilité d’occuper le logement et des conditions applicables au contrat.

L’indemnisation ne réglera cependant pas à elle seule la question de la sécurité des bâtiments. Aux Heures Claires comme à la résidence Rive Ouest, les prochaines expertises devront d’abord déterminer quels terrains peuvent être réoccupés et lesquels nécessitent des protections supplémentaires.

Pour les habitants concernés, c’est désormais cette décision, parcelle par parcelle, qui déterminera la date du retour chez eux.

Sources consultées
  1. Ville d'IstresIntempéries : point de dimanche 25 octobre à 18h
  2. GéorisquesRisque de mouvements de terrain sur Istres
  3. Préfecture des Bouches-du-RhônePlan de prévention des risques de mouvements de terrain d'Istres, règlement
  4. Météo-FranceÉpisode méditerranéen : plus de 600 mm de pluie tombés en 24 h à Solenzara en Corse
  5. MaritimaInondations à Istres : La Ville demande aux sinistrés de patienter
  6. LégifranceCode des assurances, articles D125-4 à D125-4-2