
Environ 2 500 personnes, selon la Ville d’Arles, se sont réunies samedi 19 septembre au théâtre antique contre la future ligne électrique entre Fos-sur-Mer et Jonquières-Saint-Vincent. Le rassemblement survient alors que les termes du choix se précisent : le besoin de renforcer le réseau est largement documenté, et la solution aérienne possède de sérieux avantages techniques, mais ses conséquences sur la Camargue, la Crau et les sites Natura 2000 doivent encore être mises en balance avec ces avantages.
Le projet actuel de RTE représente environ 65 km de ligne à 400 000 volts et 145 pylônes, généralement hauts de 40 à 60 mètres. Les deux pylônes du franchissement du Grand Rhône atteindraient environ 120 mètres. La ligne seule est évaluée à quelque 450 millions d’euros aux conditions économiques de 2026, pour environ deux ans de travaux et une mise en service prévue en 2029-2030. Environ 25 km du tracé traverseraient la partie nord agricole du parc naturel régional de Camargue. L’emplacement précis des pylônes n’est pas encore arrêté : la déclaration d’utilité publique porte aujourd’hui sur une bande d’environ 100 mètres de large.
Cette nouvelle artère répond à une contrainte électrique réelle. Le réseau à très haute tension du Sud-Est date pour une large part des années 1970 et dépend fortement des arrivées d’électricité par la vallée du Rhône. S’y ajoutent les demandes liées à l’électrification et aux nouveaux projets industriels de Fos. Le dossier retient 4 000 à 5 000 MW de besoins supplémentaires dès 2030 et 7 000 MW en 2040. Mais l’Autorité environnementale relève que ces projections varient selon les documents et demande qu’elles soient consolidées, notamment en intégrant davantage la production renouvelable, le stockage, les flexibilités et le pilotage de la consommation.
Sur les seuls critères de délai, de coût, de disponibilité et de capacité, la tierce expertise réalisée en 2025 dans le cadre du débat public donne un avantage net à la ligne aérienne proposée par RTE. Les enfouissements partiels constituent selon elle un compromis possible mais imposent de larges corridors et des équipements intermédiaires. La stratégie à courant continu défendue par le collectif THT 13/30, dans la configuration expertisée, est estimée entre 3 et 4 milliards d’euros, avec des équipements plus longs à obtenir et une disponibilité moindre.
Mais ces avantages techniques ne suffisent pas à clore la comparaison. L’Autorité environnementale estime que le dossier ne compare pas assez les effets des différentes stratégies sur l’environnement et la santé, notamment ceux de solutions combinées ou mises en œuvre par étapes. Elle relève aussi qu’une option étudiée pourrait fournir environ 3 700 MW en fonctionnement normal, la différence avec le projet de RTE tenant surtout à la résilience du réseau en cas d’aléa. Pour les secteurs Natura 2000, elle considère que le coût, le délai ou la complexité ne suffisent pas à écarter une option sensiblement moins dommageable sans démonstration plus poussée.
Dans les 560 hectares de la bande soumise à la DUP, l’étude recense 359 hectares de zones humides. L’Autorité environnementale demande également de mieux établir les risques pour plusieurs populations d’oiseaux, les réseaux hydrauliques et les compensations écologiques. Le choix électrique de Fos devient ainsi un choix d’aménagement jusque dans les terres agricoles et humides autour d’Arles.
Cette ligne s’inscrit dans la transformation plus large de Fos-Berre, déjà visible dans la concertation commune engagée autour des projets du port, mais elle suit sa propre procédure. Sa demande de déclaration d’utilité publique est instruite depuis mai et une enquête publique doit précéder la décision. À Arles, celle-ci portera donc sur un corridor déjà dessiné, mais dans lequel les pylônes restent à placer et les milieux à éviter ou à compenser.
Sources consultées
- RTEProgramme d’électrification FOS BERRE PROVENCE 2030
- Autorité environnementale, IGEDDAvis délibéré n° 2026-45 du 27 août 2026 sur la ligne Jonquières-Saint-Vincent–Fos-sur-Mer
- Commission nationale du débat publicTierce expertise sur les solutions de renforcement de l’alimentation électrique de la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer
- Ville d’Arles2500 personnes réunies au théâtre antique d’Arles contre le projet de ligne à très haute tension de RTE