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À Saint-Chamas, le mistral a fait remonter les « mauvaises eaux » de l’étang de Berre

À Saint-Chamas, le mistral a ramené en surface des eaux profondes privées d’oxygène, avant de contribuer à réoxygéner l’étang de Berre.

Illustration - eaux de l’étang de Berre

Des poissons morts de toutes tailles se sont échoués sur les rives de Saint-Chamas après le coup de mistral des 9 et 10 septembre. Le GIPREB a identifié leur origine plusieurs mètres plus bas : des eaux profondes privées d’oxygène et acidifiées sont remontées brutalement dans le nord de l’étang de Berre, jusqu’à piéger les poissons dans l’anse.

Le phénomène s’était préparé pendant l’été. En août, l’eau atteignait 30 °C au centre de l’étang et régulièrement 32 à 33 °C dans certaines zones de baignade. La chaleur favorise le phytoplancton ; lorsqu’il meurt et tombe au fond, sa décomposition nourrit des bactéries qui consomment l’oxygène. Quand celui-ci disparaît, d’autres bactéries prennent le relais et dégradent encore la qualité chimique de l’eau. Début août, le GIPREB constatait déjà que presque toutes les couches profondes étaient en situation d’anoxie.

Le mistral a alors bouleversé cette répartition. En poussant l’eau de surface vers le sud, il a provoqué une remontée des eaux de fond vers le nord, un phénomène d’upwelling. Une image satellite du 10 septembre montre ces eaux blanchies concentrées sur les côtes nord, particulièrement dans l’anse de Saint-Chamas. Le confinement du secteur a empêché des poissons de gagner assez vite des eaux plus favorables.

Le paradoxe est que ce même vent a ensuite amélioré l’état de l’étang. En brassant les différentes couches, il a réintroduit de l’oxygène en profondeur, fait baisser la température et contribué à évacuer vers la mer une partie de la matière organique accumulée. Le GIPREB qualifie ce brassage de salutaire pour la lagune malgré la mortalité très visible qu’il a provoquée à Saint-Chamas.

Cette mécanique explique aussi pourquoi la gestion de l’eau de Berre compte autant. Les rejets d’eau douce de la centrale hydroélectrique de Saint-Chamas peuvent accentuer la séparation entre une couche superficielle moins salée et une couche profonde plus salée. Cette stratification freine le passage de l’oxygène vers le fond. Depuis 2024, EDF et le GIPREB expérimentent donc un régime saisonnier qui réduit fortement les rejets pendant la période où l’étang est le plus vulnérable, en laissant davantage de marge aux turbinages en hiver.

Les résultats de 2025 avaient été encourageants : selon le GIPREB, une salinité plus élevée et une meilleure transparence avaient limité l’eutrophisation et l’asphyxie des fonds. L’été 2026 montre cependant qu’une forte chaleur peut encore produire assez de matière organique et d’anoxie pour mettre la lagune sous tension. En août, l’étang dépassait déjà localement 32 °C.

Au 15 septembre, le GIPREB indiquait que les eaux restaient oxygénées. EDF n’avait pas encore repris les turbinages, bien que les règles le permettent à cette date. Sur les plages de Saint-Chamas, les poissons continuaient pourtant de s’échouer : les traces visibles d’un épisode qui s’était joué quelques jours plus tôt, au fond de l’anse.

Sources consultées
  1. GIPREB Syndicat mixteMortalité de poissons dans l’anse de Saint-Chamas
  2. GIPREB Syndicat mixteVagues de chaleur à répétition : comment se porte l’étang de Berre ?
  3. GIPREB Syndicat mixteL’oxygène dans l’étang de Berre
  4. GIPREB Syndicat mixteRapport 2025 de l’Observatoire du milieu
  5. EDFSignature d’un protocole d’accord entre EDF et le GIPREB