
L’étang de Berre ressemble par endroits à un bain tiède. Mardi matin, les secouristes relevaient 28 °C aux Cabassons, à Saint-Chamas, tandis que l’eau approchait 32 °C dans certains secteurs. Sa couleur brune, liée à une forte présence de phytoplancton, peut faire hésiter. Mais ni la température ni la couleur ne décident de l’ouverture d’une plage.
Le 12 août, une chargée de surveillance du GIPREB indiquait à Maritima que les dernières analyses bactériologiques autour de l’étang étaient « excellentes ». La carte publique du syndicat donne une photographie un peu plus ancienne et plus nuancée : ses résultats datés du 5 août classent les 16 plages en qualité « bonne » ou « moyenne », sans résultat mauvais. Aux Cabassons, par exemple, 93 E. coli pour 100 ml avaient été mesurés et les entérocoques restaient sous le seuil de détection affiché. Ce décalage illustre les différents rythmes auxquels la baignade est surveillée.
Dans les dix communes riveraines, le maire est légalement responsable des baignades. Chaque matin, la commune ou le poste de secours observe d’abord la plage : couleur et transparence de l’eau, odeur, mousses ou échouages inhabituels. L’Agence régionale de santé fait parallèlement réaliser ses prélèvements par le Laboratoire départemental d’analyse des Bouches-du-Rhône. Pour E. coli et les entérocoques, la méthode réglementaire nécessite environ 48 heures. Le GIPREB réalise aussi des analyses complémentaires dont les résultats sont disponibles en 24 heures, notamment en cas de doute ou pour permettre une réouverture plus rapide.
Cette organisation explique pourquoi la pluie compte souvent davantage que la chaleur pour la baignade. Un orage lessive les sols et peut entraîner vers l’étang des contaminations fécales. Des fermetures préventives de 24 heures sont alors mises en place. Le précédent de Monteau, où la baignade avait été interdite le 24 juillet, rappelle surtout qu’une restriction peut concerner une seule plage sans s’étendre à tout l’étang.
En 2025, le GIPREB comptabilisait 16 plages contrôlées, 228 analyses réglementaires, 30 analyses complémentaires et près de 180 000 baigneurs sur la saison estivale. La surveillance porte ainsi sur des sites distincts, plutôt que sur un statut sanitaire unique attribué à tout l’étang.
La canicule révèle enfin une limite importante de ces indicateurs. Une eau peut rester satisfaisante pour les baigneurs tout en souffrant écologiquement. Selon le directeur du GIPREB, le phytoplancton observé actuellement n’est pas toxique, mais sa décomposition consomme de l’oxygène et peut favoriser une malaïgue, susceptible d’asphyxier les organismes des fonds. Une plage peut ainsi rester ouverte alors que les fortes températures favorisent, sous l’eau, un risque de manque d’oxygène pour les organismes du fond.