
À près de 2 000 mètres sous Vitrolles, des calcaires pourraient contenir une eau comprise entre 50 et 70 °C. Au sud-ouest d’Aix-en-Provence, une seconde cible se situerait à moins de 2 500 mètres, avec des températures potentielles de 55 à 85 °C. Des températures suffisantes pour alimenter des réseaux urbains, à condition que l’eau y circule avec un débit suffisant.
Le programme Géoscan Arc a précisé la position et la forme de ces deux réservoirs possibles. Pendant deux ans, le BRGM et ses partenaires ont ausculté près de 1 500 km² autour de l’étang de Berre, dans 29 communes. Plus de 300 kilomètres de profils sismiques, acquis à terre et sur l’eau, ont été croisés avec les anciens sondages et les observations géologiques pour bâtir un modèle en trois dimensions du sous-sol.
Cette carte ne découvre pas soudainement de la chaleur sous la Provence. Elle réduit une inconnue qui rend les forages profonds particulièrement risqués : où atteindre la bonne couche sans creuser presque à l’aveugle ? Elle permet désormais de mieux choisir l’emplacement et la trajectoire des puits.
Il manque toutefois la donnée qui décide de la viabilité d’une centrale. Une roche chaude ne suffit pas. Il faut qu’elle contienne de l’eau et que ses fractures ou ses pores permettent d’en extraire assez. Dans une installation classique, un premier puits remonte l’eau chaude, un échangeur transmet ses calories au réseau, puis un second puits réinjecte l’eau refroidie dans le même réservoir. Aucun forage profond n’a encore traversé les cibles de Géoscan Arc : les températures restent estimées et le débit demeure inconnu.
À Vitrolles, les consommateurs potentiels sont déjà identifiés. Le projet porté par Gaïa Energy Systems pourrait alimenter le futur réseau public, mais aussi l’aéroport Marseille-Provence et Airbus Helicopters. La Ville avait déjà approuvé un contrat-cadre pour l’achat de chaleur. En février 2026, elle a également approuvé le principe d’une participation minoritaire à la future société de production. Le calendrier prévisionnel du projet place le premier forage entre la fin de 2027 et le début de 2028, le second au cours de 2028, puis une éventuelle mise en service en 2030. L’entrée de NGE au capital de Gaïa avait déjà montré que des industriels se positionnaient sur ce projet local.
À Aix, la ressource pourrait renforcer un réseau de chaleur qui fonctionne aujourd’hui principalement au bois et dessert 28 000 habitants. La Ville envisage une eau proche de 70 °C vers 2 300 mètres. Des pompes à chaleur apporteraient le complément nécessaire pour la porter aux 85 °C nécessaires au fonctionnement du réseau.
Géoscan Arc rend donc le sous-sol des Bouches-du-Rhône moins incertain pour les porteurs de projets. La carte aide à choisir l’emplacement et la trajectoire des puits. À Vitrolles, le premier forage devra maintenant fournir la mesure qu’aucun modèle 3D ne peut remplacer : le débit de l’eau chaude.
Sources consultées
- Bureau de recherches géologiques et minièresGéothermie profonde autour de l’étang de Berre : résultats du projet Géoscan Arc
- Géothermies.frGéothermie profonde dans les Bouches-du-Rhône : retrouvez les résultats du projet Géoscan Arc
- Ville de VitrollesEngagement de la Ville dans le projet de société de production d’énergie thermique par géothermie profonde
- Ville d’Aix-en-ProvenceAix le Mag, numéro 71