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À Nice, des commerces épargnés mais des manifestants agressés : enquête sur des violences attribuées à l’ultradroite

Le 24 octobre, des manifestants ont été agressés à Nice malgré 760 agents mobilisés. Le parquet annonce 59 gardes à vue et une enquête sur les violences.

Illustration - Manifestants dans le centre de Nice

Des hommes masqués se précipitant sur des manifestants et leur portant des coups, rue Alberti, en plein centre de Nice. Ces violences, filmées samedi 24 octobre en fin d’après-midi, font désormais l’objet d’une enquête, le parquet évoquant des agresseurs susceptibles d’appartenir à l’ultradroite. Trois personnes ont été légèrement blessées lors des affrontements. Deux policiers ont également été blessés au cours de la journée. Dimanche 25 octobre, le parquet annonçait 59 gardes à vue, dont onze personnes susceptibles d’appartenir à cette mouvance.

Une semaine après les pillages du 17 octobre, les autorités avaient déployé un dispositif exceptionnel pour protéger les commerces. Selon la mairie, aucune nouvelle dégradation n’a été constatée. Mais des manifestants ont été agressés dans des rues pourtant placées sous haute surveillance.

Des groupes repérés avant les agressions

Samedi, environ 2 300 personnes ont participé à la mobilisation contre la vie chère à Nice, selon le décompte rapporté par Le Parisien. La préfecture avait interdit les rassemblements revendicatifs dans une grande partie du centre-ville, de 8 heures à minuit. Quelque 450 policiers nationaux et gendarmes étaient mobilisés, renforcés par 310 policiers municipaux.

Les forces de l’ordre cherchaient notamment à empêcher les groupes mobiles d’atteindre l’avenue Jean-Médecin, où plusieurs commerces avaient été pillés le samedi précédent. Des dispersions ont eu lieu à différents endroits, avec usage de gaz lacrymogène et d’un engin lanceur d’eau.

Dans l’après-midi, la présence de groupes d’ultradroite a été signalée. Selon la préfecture, une centaine de militants masqués ont convergé vers le centre-ville pour affronter physiquement les manifestants. Des journalistes locaux ont signalé leur présence dans le secteur de l’avenue Borriglione, puis autour de l’Hôtel des Postes et de la rue Alberti.

Vers 18 heures, des violences ont éclaté. Nice-Matin, dont des journalistes se trouvaient sur place, a rapporté une attaque contre des manifestants, interrompue par l’intervention des forces de l’ordre. Les images montrent des hommes cagoulés se ruant sur des personnes et les frappant. Les sapeurs-pompiers ont pris en charge trois blessés légers après les affrontements.

Selon les autorités, les policiers avaient repéré la présence de ces groupes dans l’après-midi et cherchaient à empêcher leur rencontre avec les manifestants. Les journalistes de Nice-Matin ont constaté qu’une intervention policière avait interrompu une agression. Des coups avaient néanmoins été portés.

Onze interpellations qui ne résolvent pas l’affaire

Le communiqué publié dimanche par le procureur Damien Martinelli apporte une précision essentielle à la compréhension des événements.

Parmi les 59 personnes placées en garde à vue, onze sont susceptibles, selon le parquet, d’appartenir à la mouvance d’ultradroite. Elles avaient été interpellées dans deux véhicules, avant les agressions filmées en fin de journée.

Certains occupants possédaient des masques, des gants, des bombes lacrymogènes ou des matraques. Cinq étaient déjà connus des services de police. Ces éléments justifient des investigations sur une éventuelle préparation de violences, mais ne prouvent pas que ces onze personnes ont participé aux attaques ultérieures.

Le procureur a donc ouvert, parallèlement, une enquête en flagrance confiée au service local de police judiciaire des Alpes-Maritimes (SLPJ 06), chargée d’identifier les auteurs des violences aggravées commises dans le centre-ville. Les enquêteurs exploitent notamment les images tournées samedi.

La mairie faisait état dimanche matin de 63 interpellations et de 56 gardes à vue. Le parquet a ensuite annoncé 59 gardes à vue dans son bilan du 25 octobre. Les chiffres correspondent à des moments différents de la procédure : une interpellation ne débouche pas nécessairement sur une garde à vue, et le nombre de gardes à vue a évolué entre les deux bilans. Dimanche matin, quinze gardes à vue avaient été levées, avec convocation devant le tribunal de police pour participation à une manifestation interdite.

Cette contravention doit être distinguée du délit de participation à un groupement préparant des violences, passible, selon l’article 222-14-2 du Code pénal, d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende au maximum. Les agressions effectivement commises peuvent, quant à elles, constituer des infractions distinctes, selon les faits et les circonstances aggravantes établis.

Un dispositif conçu d’abord contre les pillages

La préparation du 24 octobre avait été largement déterminée par les événements du 17. Le ministère de l’Intérieur avait demandé aux préfets de surveiller les itinéraires exposant les commerces à de nouvelles dégradations, de contrôler les flux de personnes et de rechercher les objets susceptibles de servir à commettre des violences.

À Nice, le dispositif devait notamment éviter une répétition des pillages de l’avenue Jean-Médecin. Les autorités avaient mobilisé des moyens importants, des CRS aux renforts spécialisés.

Aucune nouvelle dégradation commerciale n’a été signalée par la mairie. Ce résultat ne suffit pourtant pas à mesurer l’ensemble de la journée.

Car la menace ne concernait plus seulement des groupes susceptibles de s’attaquer aux commerces ou aux forces de l’ordre. Des individus présentés comme appartenant à l’ultradroite cherchaient aussi à affronter des manifestants.

Des agressions imputées à des individus de cette mouvance ont également été signalées le 24 octobre dans d’autres villes, notamment à Montpellier. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a demandé aux préfets concernés de saisir la justice.

À Nice, les forces de l’ordre sont intervenues pour séparer les groupes et interrompre des violences. Les éléments disponibles ne permettent pas de déterminer si d’autres dispositions auraient empêché les agressions. Ils montrent toutefois les limites d’un bilan du maintien de l’ordre fondé principalement sur les dégâts matériels évités.

L’interdiction d’une manifestation ne retire pas à ses participants leur droit à être protégés contre les agressions. Aucun groupe privé ne peut décider de se substituer à la police sous prétexte de défendre les commerces ou de rétablir l’ordre.

Ce que les images doivent encore établir

Au dernier bilan judiciaire vérifié, daté du dimanche 25 octobre, les décisions concernant l’ensemble des gardes à vue n’étaient pas encore connues. Le parquet n’avait pas davantage annoncé l’identification de tous les auteurs des agressions.

L’enquête devra déterminer combien d’individus ont effectivement participé aux attaques, si celles-ci étaient coordonnées et quelles violences peuvent être attribuées à chacun.

Les images tournées près de l’Hôtel des Postes et de la rue Alberti sont désormais au cœur des investigations. Après une journée où les vitrines ont été épargnées, la justice doit encore identifier les auteurs des coups portés dans ces rues.

Sources consultées
  1. Le Parisien24 octobre à Nice : 11 personnes issues de l'ultra-droite en garde à vue, des masques et des matraques retrouvés sur elles
  2. Agence France-Presse / Le HuffPostNice, Montpellier, Rouen... Des militants d’ultradroite accusés de violences le 24 octobre, le point sur les affaires
  3. Le ParisienÀ Nice, aucun commerce dégradé mais trois blessés après des rixes entre manifestants et militants d'ultradroite
  4. La Dépêche du Midi / Nice-MatinDes manifestants pacifiques agressés par un groupe d'ultradroite à Nice en marge de la mobilisation du 24 octobre, trois personnes blessées
  5. Nice Magazine / communiqué municipalManifestation du 24 octobre à Nice : 63 interpellations, 56 gardes à vue et trois blessés légers
  6. Ministère de l'IntérieurJournée de mobilisation du samedi 24 octobre 2026